« Ce n'est pas qu'on soit bon ; on est content »
Rire et sadisme chez le jeune Disney (1928-29)


par Marc Berdet
doctorant en épistémologie

Laboratoire du Cetcopra, Paris I Sorbonne

Conférence du lundi 31 mars 2008 à 14h30
amphitéâtre de l'erban
entrée réservée aux étudiants de l'erban

 

De quoi rit-on devant les Walt Disney de la fin des années 1930 ?
Quelle est la signification sociale de l'hilarité collective face aux mésaventures du premier Mickey Mouse ?
Qu'en est-il encore de l'hilarité aujourd'hui devant une œuvre d'art, aussi kitsch soit-elle ?
Quelle est la spécificité historique de la mécanique universelle du rire, et de son lien psychologique avec le sadisme ?

Le rire est une mécanique face à la mécanisation de la vie. Le premier Mickey résume la condition humaine où, pris dans les engrenages des temps modernes, l'ouvrier peut se faire voler jusqu'à son propre bras. Tout comme lui, chaque élément naturel devient l'engrenage musical d'une gigantesque machinerie. Inversement, tout élément mécanique peut tout à coup s'animer et devenir vivant. Les morts sont ranimés dans la même mesure que les vivants sont mortifiés. La nature prend en quelque sorte sa revanche sur ceux qui l'ont dévitalisée. Promesse comique d'un renversement de l'inversion, l'hilarité devant la mécanisation de la vie se redouble devant la vitalisation de la mécanique. L'hilarité sadique est ainsi, pour Walter Benjamin, une « innervation » esthétique du collectif qui appelle son innervation politique.