L'1manquable

L'1manquable est une rubrique consacrée à l'actualité artistique et culturelle vue par les étudiants de L1 sous la direction de P. Solini
 
 
Musée "Robert Tatin"
La Frénouse
Cossé le Vivien.
©D.R. Né en 1902 en Mayenne, Robert Tatin commence une formation de peintre en bâtiment. Il étudie le dessin, la peinture et s'inscrit à l'école des Beaux-arts en autodidacte et plus tard débutera un apprentissage de charpentier. Il se tourna définitivement vers l'art après la seconde guerre mondiale.
         En 1962 après de nombreux voyages à travers le monde, il revient en Mayenne et entame la construction de sa "Maison des champs". Une construction dont le but est de réunir un maximum de civilisations culturelles, artistiques du monde au sein d'un même lieu. Il s'agit aussi d'un moyen de rendre hommage aux personnalités ayant marqué la vie de Robert Tatin, je fais allusion à l'allée des statues (19 sont encore intactes sur les 20 d'origine). Des sculptures comme le dragon (passage obligé pour la visite) relatent de vieilles légendes aussi bien asiatiques que sud-américaines ou occidentales. L'architecture de ce bâtiment est en somme un "faux" vestige de la civilisation humaine.
         Chaque petite dépendance de la propriété abrite une série de dessins/peintures/gravures/objets/... réalisés et appartenant à l'artiste. Ces salles semblent réparties par importance de leur contenu dans la carrière de l'artiste : de simple outils de travail à de grandes toiles imposantes en passant par de petites aquarelles.
L'artiste laisse derrière lui une construction presque inachevée marquant sa part d'humanité et de diversité au sein d'habitants d'une planète commune à tous.

Hugo Besikian

 
Musée Rodin
79 rue de Varenne, Paris Vll,
du 23 octobre au 28 février
©D.R. Sculpture, empreinte, patte, touche, accidents, génie, recherche de la forme parfaite dans le mouvement du corps, danse, dessin, mutilation, exagération, simplification, Matisse et Rodin.

Deux figures emblématiques d’un autre siècle sont réunies, opposées, confrontées dans l’exposition du musée Rodin, bondée en cette fin d'après-midi glaciale par une foule de touristes avides de grands noms et de “bel art”. Première incompréhension de la foule, les dessins et croquis des deux maîtres. “finalement ce n’est pas si beau que ça” ou encore “il n’avait pas l’œil pour les proportions” ne sont que quelques-uns des exemples du choc de la foule devant des esquisses de moyens formats, Matisse à gauche, Rodin à droite, traduisant leurs essais sur l’arabesque du corps, sa déconstruction et son réassemblage dans un unique but esthétique. Certaine feuilles sont presque immaculées et ne sont que l’empreinte d’un fugace essai, d’une ligne et d’autres, meurtries, gardent la trace d’un acharnement certain, avec aquarelle, pastel et autre...! Cette partie est une des plus importante de cette petite exposition, car elle introduit le petit texte où on comprend l’importance du dessin pour les deux monstres, car Matisse y voit le moyen de trouver ses lignes, ses formes, et Rodin ose dire que la sculpture n’est pour lui que la mise en trois dimensions de ses dessins (“je suis venu au monde par le dessin”, est entre autre une des phrases citées). Matisse explique aussi qu’il n’aime pas Rodin, le personnage, à cause d’une petite réflexion de ce dernier. Ironie. Car bien qu’une marque de fabrique nous permette de distinguer les travaux des deux hommes, leur démarche est bien identique. Nos petits touristes sont de plus en plus désorientés, venus pour voir de la sculpture, ils n’ont eu pour le moment que des dessins et découvrent, EN PRIME, que les deux hommes ne s’aimaient pas. On ne comprend rien, on reste perplexe et on hésite à aller se faire rembourser son ticket (7€ ça paiera bien le café
sur les Champs) mais on persévère. On entre ensuite dans le vif du sujet et c’est bien de la sculpture qu’on admire.

Deuxième incompréhension, ici, les marbres polis sont exclus et le temps n’est plus au mimétisme de la nature. On admire de la recherche, de la recherche pure sur le corps. Mon impression, un Matisse piqué dans son orgueil et quelque peu copieur sur les bords mais plus intéressant que jamais. L’œil roule sur des œuvres très brutes. On croirait des figures sorties des peintures du découpeur. Il y reprend ses codes, ses raccourcis, ses thèmes (une magnifique partie est dédiée à la vision de la danse par les deux artistes). On se sent presque juges de l’évolution du petit Henry dans les traces de l’Auguste. Une véritable compétition d’ingéniosité et de talents avec des petites miniatures pour nous aérer l’esprit de temps à autre. Le commissaire a en outre réussi à réunir pour la première fois les études de dos de Matisse, pièces magiques et incontournables dans la compréhension de sa démarche. Rien de moins qu’une femme nue, de dos, qui petit à petit grossit, disparaît en certains endroits pour mieux apparaître sur des parties étranges. D’une figure “académique” on termine sur une forme de silhouette, une impression de corps. Cette pièce clôture l’exposition, comme une sorte de petite morale explicative, une fin de fable. Matisse n’a pas bouffé Rodin mais en s’inspirant de ses recherches, il a donné à l’art une nouvelle porte d’exploration et d’investigation. Et Rodin, lion sacré de la (s)cul(p)ture française a montré sa capacité en temps que pré-plasticien (?) à casser les visions conventionnelles de la sculpture pour voir par-delà l’académisme.

C’est au Musée Rodin et c’est entre 5 et 7 euros, mais ça vaut le coup ! A moins qu’on ne préfère la vision bucolique des Champs Elysées stressés de voitures devant un café à la française (5 cl, 10€).

Pierre Guenec.

 
Anne Manoli
Galerie du Grand T (Passage Pommeraye, Nantes)
Du jeudi 4 mars au samedi 17 avril 2010
©D.R. Imagine de la glaise, de l'eau, des roches unies  par le lien sensible et physique d'une peinture épaisse sculptée.
Un creusé originel des terres vierges et sauvages, fusionné à un sentiment d'organisme très humain.
Comme si le châssis était le squelette d'une chair picturale dense. Tu seras invité à toucher cette peau rugueuse qu'est la peinture: "Elles adorent ça" dit l'artiste.
Aucun cadre, pas de bord régulier, on pourrait alors penser que ses toiles sont des mottes de terre glaise directement prélevées des paysages qu'elle représente.
Un morceau de richesse terrestre à aller caresser.

Hugo Walsdorff.
 
Tate Modern
Bankside SE1 9TG, Londres
Gratuit
©D.R. Dans les collections permanentes, des œuvres dialoguent.
Au détour du quatrième étage, on tombe sur Seated Figure. Un Bacon à taille humaine peint en 1961. Un homme assis, des sièges, un tapis et les arêtes d'un cube invisible. Aura géométrique. Fond strié qui tombe, tonalités de bleus et de rouges sombres. Au centre une distorsion qui contraste avec l'ensemble traduit plus simplement. Son visage très travaillé se détache, tout semble converger vers lui, pourtant lui, nous fait face. Il semble attendre quelque chose, les jambes croisées. Le fauteuil du premier plan s'efface : on ne voit plus le corps tordu en costume, son ombre allongée, les mains qui se fondent en une, il est immobile dans un environnement mouvant.
Ce n'est pas la foule de visiteurs passant qu'il regarde, mais ce qu'il y a derrière. Et derrière un grand demi-œuf noir brillant d'Anish Kapoor lui tient tête.
Ishi's light est une structure sans sommet, ouverte, formant un puits de lumière qui joue avec l'intérieur sombre incurvé. Elle nous englobe par sa forme mais aussi parce que qu'elle nous renvoie une image déformée, renversée de nous-mêmes dans l'espace du musée. Pris entre deux feux, la majorité des regardeurs se place alors sur le côté laissant ainsi un vide entre les deux œuvres. « Tu vois, moi aussi je peux le faire. Je peux étourdir et jouer avec l'espace, la perception. »Et nous leurs tournons le dos, des images contorsionnées plein les yeux.

Cécile Hadj Hassan

 
 
Musée de Robert Tatin
Maison des champs
Lieu dit  «La Frenouse »
Cossé le Vivien
©D.R. Autour de sa maison située prés de Laval en Mayenne (sa terre natale), Robert Tatin (1902 – 1963) a réalisé durant les dernières vingt et une années de sa vie, la plus monumentale de ses œuvres.

Sur cette terre vallonnée de Mayenne se dresse ce musée à ciel ouvert, municipal depuis 2002. L’œuvre et l’aboutissement d’une vie, plongent le spectateur dans l’univers d’un homme qui montre tout son savoir. Un parcours jalonné de voyages, de rencontres, d’expériences et d’apprentissages, que l’artiste retransmet en un lieu de mixité culturelle.

Enfoui dans un paysage hors du commun, cet endroit est une sorte de biographie de Tatin. Une allée de dix-neuf statues de personnages historiques, nous guide dans la découverte de « la Frénouse ». La bâtisse du musée évoque pleinement les symboles des temples fondateurs des grandes civilisations. Les murs extérieurs sont voués au questionnement existentiel de l’homme. Cinq grandes figures identiques (Rembrandt, Van Gogh, De Vinci, Goya et Delacroix) reprennent l’image de la divinité. A l’intérieur, les murs, les voûtes donnent une constante impression de cloître. Entourées de plusieurs pièces, la cour fait référence aux mois de l’année.
En pénétrant dans les salles d’expositions, l’absence d’ouverture sur l’extérieur provoque la perte de repère temporel, on est immergé dans l’univers propre à Robert Tatin.

L’image de sa vie est monumentale, un endroit qui laisse imaginer le vécu d’un homme en quête sans cesse de savoir. Un lieu de culte à la connaissance humaine, étouffant de détails.

Bertrand Devilder

 
 
CECILE BART – Virevoltes
Chapelle de l’Oratoire, MBA Nantes
Du 29 janvier au 26 avril 2010.
Nocturne le 8 avril à 18h30, programmation musicale de Lionel Van der Gucht.
©D.R. « Viens. »
« C'est marrant, ça fait des visions. »
« Non, non, non, non, non. Tu me donnes la main. »
« Je veux voir là-bas. »
« Ça fait bizarre. »
« Mais c'est du tout léger, du trois grammes ça. »
« Pas le droit aux photos, désolée. »
« Pourquoi tu dessines des ronds cassés papa? »
« J'aime pas trop »
« C'est beau avec la lumière. »
« C'est jusqu'au 1er Mars. »
« On revient demain? »

Chuchotements. Tous ont envie, certains touchent à la dérobée. Les pas sont hésitants dans le labyrinthe de fils et les fils vibrent à chaque mouvement. Cinétisme visuel, pluie figée de laines colorées qui résonnent au hasard. Ne jamais voir la même chose. Le vent s'engouffre à chaque entrée, prise de conscience de l'air, les nouveaux venus se fixent. Lorsque les parois tissées se côtoient, un océan de traits vient percuter la rétine. Les demi-cercles dansent au plafond, origine du chemin ondulatoire. Car il s'agit bien de cela, d'ondes et de tensions invisibles. Les poids flottent. Chaque fil est une note d'un ballet silencieux. L'espace reste grand, vide et calme. On referme la porte doucement.

Cécile Hadj-Hassan
©D.R.G La Chapelle de l’Oratoire du Musée des Beaux-arts de Nantes offre jusqu’au 26 avril prochain une exposition de l’artiste contemporaine Cécile Bart intitulée Virevoltes. Connue depuis le milieu des années 1980 cette artiste varie son travail en utilisant des matériaux spéciaux sur lesquels portent l’ensemble de son œuvre. Cette fois, c’est avec des fils que Cécile Bart a voulu jouer dans ce lieu et créer une installation in situ. Dès lors que l’on pénètre dans l’enceinte de l’espace voué à l’exposition, nos yeux sont attirés vers les hauteurs et subjugués par la couleur. Comment cela se présente t-il ?
Virevoltes est une suite de suspensions verticales de fils de laine ou de coton sur une hauteur de 12 mètres, constituant une vingtaine de forme circulaire. Le visiteur est invité à se promener dans l’espace au gré de son envie. Il peut contourner chacune des formes et évoluer à l’intérieur même des quarts ou demi-cercles s’il le désire. A une certaine heure de la journée, cette œuvre prend un tout autre sens avec la lumière, qui transperce, transforme les colonnes colorées de fils et nous rend compte de la dimension changeante que peut avoir la couleur. Il ne faut pas oublier bien sûr, la sensation visuelle et physique que le visiteur peut avoir lorsqu’il se déplace dans l’espace. Tous les fils se chevauchent, donnant l’impression de vibrations visuelles et de perdre toutes notions de distance.
Virevoltes est une œuvre à voir et à revoir . Un conseil lors de la visite de cette exposition que je vous recommande vivement : ne respirez pas trop fort car c’est l’œuvre elle-même qui en subira les conséquences. Filez-y !

Alexandre MEYRAT LE COZ
 
 

Musée de l'Abbaye Sainte-Croix, Art moderne et Contemporain
Rue de Verdun, 85 100 Les Sables d'Olonne,
Ouvert de 14h30 à 17h30, gratuité pour les étudiants en école d'art.

©D.R.Gaston Chaissac, Sans titre, 1961 Le musée de l'Abbaye Sainte-Croix accueille en son sein deux collections permanentes ainsi que plusieurs expositions temporaires qui ont pour tâche l'animation du musée.
Impressionnante, la collection permanente dédiée aux œuvres de Gaston Chaissac (1910-1964) et de Victor Brauner (1903-1966) permet au spectateur d'entrer dans un lieu original et coloré.
Les quatorze œuvres de Brauner consacrées aux mères et à la mythologie, créent un lieu étrange, reliant humour, formes épurées et poésie. La perfection de l'encadrement a en outre une grande importance sur ce lieu.
C'est à l'étage, sous des combles en coque de bateau renversée que se trouve la salle dédiée à Gaston Chaissac. On y trouve une grande variété des œuvres de l'artiste qui s'est essayé à un maximum de supports. Des encres, esquisses mais aussi des toiles, planches...etc...
La diversité des œuvres illustre chronologiquement les périodes artistiques de l'artiste. C'est en revanche la couleur vive et parfaitement composée des toiles peintes qui, par contraste aux murs blancs nous fait entrer dans l'univers coloré et propre à Chaissac.
Malgré la pertinence de l'exposition temporaire, c'est la qualité de la collection permanente qui plonge le spectateur dans l'univers original de Brauner et Chaissac. Sa peinture «rustique moderne» nous laisse un regard coloré et joyeux à la sortie.

Baptiste PLACE

 
 

DEADLINE
16/10/09-10/01/10
Musée d'Art Moderne de Paris
Artistes représentés : M.Kippenberg, H.Hartung, F.Gonzalez-Torres, R.Mapplethorpe, G.Aillaud, H.Villiger, Absalon, J.L.Byars, J.Mitchell, C.Zhen, W.de Kooning, J.Immendorff.

©D.R.The Death of James Lee Byars, 1994 Une exposition autour de la mort. DEADLINE propose un regard sur une sélection d'artistes disparus au cours des vingt dernières années, tous conscients de leur fin imminente. Cela pourrait en effrayer plus d'un, on pourrait s'attendre à voir une série d'œuvres tragiques, sombres voire pathétiques. Que nenni, nous découvrons des pièces diverses et variées très surprenantes et d'une grande audace.
Ainsi à travers peintures, sculptures, vidéos, photographies ou installations s'exprime l'expérience d'une vie. Plus qu'une œuvre qui s'essouffle, c'est un cri d'élan vital qui se déploie.
Un cri au sens propre pour Absalon qui laisse des vidéos de ses performances (Bataille, 1993) ; un cri abstrait pour Willem de Kooning qui signe des peintures pleines de tensions et d'équilibres complexes.
Certes les supports sont différents, les condamnations aussi (Absalon était séropositif, de Kooning perdait progressivement ses capacités motrices) mais DEADLINE est avant tout un unique parcours initiatique : celui du regardeur face à la vérité du dernier geste qui expliquerait tout.

J'ai beaucoup aimé la performance de Jamie Lee Byars. Atteint d'un cancer en 1990, il poursuit sa quête de perfection -qui avait jusque là dicté sa pratique- pour la porter au plus haut point. Il projette sa propre disparition en une œuvre parfaite et ultime. Dans une galerie bruxelloise dont le sol est recouvert de feuilles d'or, l'artiste s'allonge un certain temps en costume lamé or, puis sur les extrémités de son corps sont déposés cinq diamants. Il part plus tard à la recherche de souffleurs d'or égyptiens qui pourraient fabriquer des globes dorés aux dimensions d'un cœur  humain ; hélas il meurt avant d'avoir pu concrétiser son projet.

Tout aussi bouleversante, l'œuvre de Chen Zhen atteint d'une anémie rare. Il travaille avec des matériaux comme le cristal auquel il donne des formes organiques. Son Crystal Landscape of Inner Body (2000) est une façon de représenter la maladie qui s'introduit partout, qui atteint toutes les formes intérieures jusqu'au jardin zen du corps humain.

En bref, une exposition bouleversante et énergisante sur un thème qui n’est pas souvent abordé. Et si je n'ai pas cité les autres artistes c'est uniquement par souci de synthèse.
Marie Ormevil
 
 

Delpire & Cie,
Exposition consacrée à la carrière de Robert Delpire
à la Maison Européenne de la Photographie, Paris.
Du 28 octobre au 24 Janvier 2010,
Plein tarif :6,50 € - Tarif réduit : 3,50 €

©D.R. Robert Delpire, "Bob", comme on le surnomme, âgé de 83 ans, est un peu un inconnu célèbre.
C’est un homme comme le siècle dernier en fabriquait, généreux, bon vivant, prêt à toutes les expériences, découvreur de talents. Ce pionnier de l'édition voulait intituler l'exposition qui retrace sa carrière, "Mille Mercis", pour rendre hommage aux autres.
Les autres, ce sont Saul Steinberg, André François, Herb Lubalin, des illustrateurs, des graphistes, des typographes mais surtout des photographes comme Cartier-Bresson, Brassaï Capa, William Klein, Koudelka...Une quantité incroyable d'artistes dont il était en quelque sorte le mécène, celui qui s'est battu pour donner à l'art la reconnaissance de ses auteurs.
Son parcours est impressionnant : Un des premiers à éditer la photographie dans les années 50, c'est lui qui publie de grands noms comme Robert Franck avec son livre «Les Américains»...Il sera directeur artistique de nombreuses revues d'art, créateur d’une agence de pub, commissaire d’expositions, éditeur de livres pour enfants. Il produit des films, un studio de création, des émissions pour la télévision et sera même nommé par Jack Lang, directeur du Centre National de la Photographie au Palais de Tokyo. Passionné par la photographie sociale, c'est lui qui crée la collection qu’on connait tous :"Photo poche", ces petits livres noirs grand public. Présent sur tous les fronts de l’art, il déstigmatise certaines formes minorées comme le dessin, le graphisme, l’illustration. Il peut même amener dans le champ de l’art ce qui est considéré comme le plus vulgaire de la société du spectacle, la publicité, mais une publicité qui, une fois passée entre ses mains, est détrivialisée. On découvre par exemple son travail autour de Cacharel et l’univers prenant de Sarah Moon, ou celui pour Citroën, entré au musée des Arts décoratifs grâce à sa publicité de la 2 CV… Un défilé d'images familières, devenues populaires, dont on ignorait l'histoire, dont on ignorait qu’elles avaient pour point commun la générosité d'un homme, son sens du travail d'équipe, de connivence, son sens de l'amitié qu'il su entretenir avec tous ces artistes. On sort de cette exposition galvanisé, avec l’impression qu’on s’est rechargé à l’énergie contaminante de Robert Delpire, découvreur passionné, et dont l’éclectisme revendiqué s’avère d’une très grande cohérence.
Manon Reffet
 
 

Sovann Kim
Du 6 janvier au 27 février 2010
Galerie confluence
Gratuit
http://www.galerie-confluence.fr/index_suite.htm

©D.R.Sovann Kim, « Transversale VI »,
80X80, épreuve pigmentaire 2009
En entrant au sein de la galerie, on se questionne, on analyse et on cherche à savoir ce que l’on a devant nos yeux. Puis finalement on se rend compte que c’est à nous d’imaginer ce à quoi ça ressemble. On finit quand même par savoir ce que sont ces étranges mélanges de couleurs : ce sont surtout des minéraux ainsi que des végétaux que l’artiste a scannés, numérisés et captés sur écran. A travers ces images ou ces photographies, on peut supposer des représentations satellitaires, des paysages, des vues au microscope, des masques africains etc. C’est toute cette ambiguïté qui nourrit le travail de Sovann Kim. Il est question d’un travail expérimental de décomposition et de recomposition des éléments qu’il utilise.

Francis Ponge, ce poète qui écrivait sur des objets tels que le pain, la cigarette ou les mûres, disait regarder ces « choses » avec un regard neuf et ainsi les faire redécouvrir à l’auteur. Il leur donne de l’importance en mettant en avant leur qualité ; l’intérieur de l’huître vu comme un cosmos ou bien le pain vu comme un paysage. Je vous invite à lire ces poèmes puisque dans le travail de Sovann Kim, on y retrouve le même principe : On observe le minéral ou le végétal d’une autre façon, celui de la contemplation, celui de l’admiration, celui de la redécouverte.

Cette exposition est donc une promenade poétique à ne pas louper, elle incite notre œil à contempler les éléments photographiés différemment. Ce qui n’a aucune importance et aucune beauté à nos yeux, en a une grande lorsque l’on pose le pied au sein de cette exposition.

 

Roxane Berthaud et Sandra Da Silva

 
 

Festival des 3 continents
Novembre 2009
Nantes

©D.R. Prendre en compte le mouvement, parlez du quotidien, de la sexualité, tout cela dans l'obscurité. Entrez dans cette douce pénombre et écoutez ces artistes parler.
L'exposition 3 continents permet de s'ouvrir au monde extérieur, de
découvrir un autre mode de vie, d'autres pays.
Laissez-vous transporter par les vidéos en noir et blanc de Juan Racaman. Des vidéos muettes montrant les actions de Colombiens dans la vie quotidienne mais aussi leurs misères et les faits divers dans un décor paradisiaque.
Grâce à Mitra Farahani, écoutez des citoyens ayant des orientations sexuelles diverses avoir une réflexion sur l'amour et la sexualité.
Taisez-vous quelques instants, donnez leur la parole afin de mieux comprendre la société iranienne. Les musiques traditionnelles et les langues se mélangent. Sans vous déplacer, en quelques minutes, vous voyagez. Vous sortez de cette salle et vous vous rendez compte que l'exposition a fait germer en vous d'innombrables questionnements.
Elle vous donne l'envie de partir dans d'autres contrées. Elle vous apprend ce que les mots coutume, tolérance et chance veulent signifier.

Nsani Mayala
 
 
Performance dans le cadre des XXIIIe ateliers internationaux du FRAC des Pays de la Loire
HA ZA VU ZU,
FOR WHOM IS IT TOO
LATE TO DAY ?
BETWEEN STAMP AND MARS Exposition du 6 novembre 2009 au 31 janvier 2010
Entrée gratuite.
©D.R.©D.R. On entre. FRAC 2009.
Premier verre de vin.
On discute. C’est un collectif. Cinq artistes. Turcs. Istanbul. Art frontière. Peinture, photographie, vidéo, musique, karaoké.
Deuxième verre de vin.
On se promène. On en parle. Energie. Echange d’idées. Ouverture. Humour.
On s’arrête.
Troisième verre de vin. Premier son. La baguette heurte la batterie. Une fois. Deux fois. Trois fois. Un rythme. Electrique. Cymbale. Enivrant. Le doigt gratte la guitare. Dissonant. On fronce les sourcils. On se retourne cherchant à quoi se raccrocher. On se laisse emporter. Expérimentation. Son concret. Concrètement sonore. Bruit. Résonance. Absence.
Quatrième verre de vin.  La tête tourne. Le son martèle. Dissèque. Explose. Poétise. Arrache.
Première voix.
Des mots. Des syllabes. Perdues. Inconnues. Etrangères. Rassurantes. L’ensemble est complet. On se complaît dans l’action. Bouche bée. Assis par terre. Debout. Lévitant. Transcendant. Symbiose. Le chanteur devient bruiteur. Mix. Emulsion. Ingrédients sonores. Dissolution musicale. Admiration silencieuse. Punks. Déjantés. Tromaganda. Talibam. Électrisation. Carton. Bâche. Animal. Galerie.
On les envie. Envie de fureur. Crispation. Envie d’hurler. Transpiration. Envie d’exploser. Dislocation.
Stop. Tout s’arrête.
Vidé. De l’air. On sort. FRAC 2009.

Hyacinthe Le Rolland

 
« Frontières »
Musée National du Mali à Bamako,
Du 7 novembre au 7 décembre (prolongé).
  Pour cette 8ème édition, « Les rencontres photographiques de Bamako » forment une équipe dont une personnalité incarnant le changement, il s'agit de Samuel Sidibé le délégué général de cette édition, directeur du Musée National. Les directeurs artistiques : Michket Krifa et Laura Serani nous proposent leur traversée des univers des artistes sur le thème des frontières. Depuis leur création en 1994, « Les rencontres photographiques de Bamako » ont permis la découverte de nombreux photographes africains et se sont inscrites dans le paysage culturel de la photographie (partenaire des « Rencontres d'Arles » et de Paris Photo). Le but en est que les frontières géopolitiques et celles du marché de l'art ne soient bientôt plus sources de tensions ou d'inégalités afin d'aller vers un monde plus conscient des richesses de la diversité culturelle.
Les galeries, musées et espaces d’art de la capitale malienne accueillent des images de quarante photographes et treize vidéastes africains. Cette Biennale africaine de la photographie, organisée par Cultures France en collaboration avec le ministère malien de la Culture, revisite un concept de frontières au moment où l’on célèbre la chute du Mur de Berlin il y a vingt ans, en novembre 1989. « La question des frontières demeure éminemment actuelle et paradoxale dans un monde où, d’une part, on pratique la disparition des frontières mais où, d’autre part, on érige des murs pour les protéger », disent les directrices artistiques. Les photos sont d’une force percutante réduisant l’idée de l’écart avec la photo occidentale. On peut y retrouver les mêmes thèmes, la même accroche ; seul le cadre diffère. Les artistes montrent du doigt des vérités dérangeantes sans pour autant mettre le spectateur mal à l’aise dans une scénographie aérée et fraiche.
L'exposition "Frontières" regroupe une trentaine d'artistes africains dont certains nous présentent un travail chaleureux et accessible comme des portraits du photographe Seydou Keita faisant ressortir l'importance de la famille, en particulier dans la culture africaine. On peut y voir également les photos du célèbre Malick Sidibé, très bon photographe réalisant des photos d'identité de qualité abordables pour tous. En effet les photos d'identités sont une affaire de famille, son fils ayant repris le studio en main pour que leurs photos perdurent à travers le temps comme elles le font depuis les années 60. Les installations de Kader Attia reconnu en France lui ont permis de retracer à l'occasion de cette exposition certains trajets de clandestins allant vers l'Europe à l'aide de cartes et de témoignages. Pour finir un dernier artiste m'a interpellé, il s'agit des photos de Seydou Camara travaillant sur les albinos et la difficulté à vivre en Afrique avec cette maladie (à cause du soleil). Un art à l'échelle humaine en vue de faire avancer les choses comme pour la plupart des artistes participants.

Hugo Bésikian

 
 
Sister piece of when I am pregnant
Anish Kapoor 2005,
Musée des Beaux-arts de Nantes
©D.R. Troublant, déroutant et hypnotique. Voilà ce qui ressort de l’œuvre d’Anish Kapoor.
Ce plasticien britannique d’origine indienne né en 1954 offre ici une œuvre emblématique de sa nouvelle orientation artistique. Alors qu’il avait débuté avec succès dans les années 70 par des œuvres très ancrées dans sa culture indienne (par exemple les sculptures en poudre de pigments colorés rappelant les tas d’épices), son inspiration a petit à petit évolué vers des lignes épurées, schématiques géométriques, voire architecturales ou biomorphiques qui s’apparentent au design. C’est surtout à partir des années 90 qu’il commence à réfléchir à l’espace et à comment jouer avec le milieu environnant. Le lieu d’exposition remplit en effet un rôle à part entière dans l’œuvre de Kapoor comme en témoignent When I am pregnant ou encore le Cloud Gate : un haricot géant d’acier inoxydable situé dans le Millenium Park à Chicago, qui, bien que d’aspect massif et imposant, reflète le vide alentour du parc et joue le rôle d’une arche sous laquelle les promeneurs se plaisent à passer. Bref, Kapoor vide avec le plein et remplit avec le vide.
Mais s’il affectionne jongler avec l’espace, il aime particulièrement désorienter l’observateur. Utilisant souvent les surfaces miroirs, il trompe l’œil du visiteur et l’amène à se poser des questions sur le néant et le reflet. Une de ses installations fixée au sol donnait ainsi l’impression de vertige au visiteur qui se penchait au dessus ; une autre, constituée de deux miroirs incurvés, reflétait tout sauf l image attendue.
Pour en revenir à l’œuvre exposée ici, Sister piece of when I am pregnant, elle illustre parfaitement, selon moi, cette tendance « kapoorienne ». Certains ne se bornant qu’à l’image papier glacé pourrait ne pas y voir une grande originalité mais il faut avoir vu l’œuvre, « en chair et en os », en symbiose avec le mur, pour en comprendre toute la subtilité. Les premières étapes par lesquelles passe le psychisme de l’observateur sont essentielles: tout d’abord l’inconnu : « y-a t-il quelque chose ou est ce que j’hallucine ? », puis le mystère :  « mais qu’est-ce ? Un creux ? Une ombre ? Une bosse ? » Je vous laisse le loisir de trouver les réponses par vous-mêmes…
Au sein de cette œuvre se présente ainsi un double-jeu, voire une double création, naissant de la relation de l’œuvre à l’espace et de la relation de l’œuvre au spectateur : Sister piece of when I am pregnant ou l’ambivalence du regard.
S’il fallait résumer cette œuvre par un mot, je dirais donc Tentation : elle est à la fois une attirance visuelle éveillant notre curiosité et une tentation tactile de caresser le mur pour avoir la clé du mystère que nous livre Kapoor…

Florence Charrier (Audencia)

 
 
Constellation,
du 14 Mai au 4 Octobre 2009 à Metz
http://www.mairie-metz.fr/metz2/constellation/index.php
©D.R. Constellation... Le nom de ce festival artistique ayant eu lieu à Metz de Mai à Octobre 2009 est extrêmement bien trouvé. En effet, parsemée dans toute la ville, une myriade d’œuvres parmi les plus prestigieuses surprennent le passant au détour des rues, et le font pénétrer au sein d’un nouvel univers, celui de l’art .La naissance de l’antenne messine du Centre Pompidou, origine du festival, n’aurait pu se faire sous de meilleures étoiles. Pour cette occasion Tinguely, Kapoor, Buren se mêlent à la vie artistique locale dont le travail reste majoritairement inconnu au grand public, comme Etienne Gandelot par exemple. Le but, plus que louable, est de transformer Metz en ville-art, de changer le cosmos de ses habitants. Or c’est là que réside tout le paradoxe de cette tentative majeure de décentralisation de la vie artistique française. Constellation nous prouve la compatibilité de l’art avec le quotidien, la réussite de son intégration à la vie de tous les jours. Malheureusement, la raison première de ladite constellation est l’inauguration d’un autre musée, d’un autre vase clos. Enferme-t-on une étoile ?? Que ce musée, conçu par Shigeru Ban et Jean de Gastines soit une prouesse architecturale, n’excuse rien à l’affaire. Le fait est, et c’est là le problème, que les mille oriflammes de Buren accompagnant la rue Serpenoise ne sont que temporaires. De même pour la vision mécanique de l’apocalypse proposée par Tinguely dans L’enfer, un petit début. Dès l’ouverture du musée, toutes les œuvres vont se retirer fissa dans leurs pénates imposées et vont abandonner les rues. Et il est sûr que dans ce simili-couvent, on parlera d’elles bien moins souvent. Le but premier de Constellation était d’offrir à la France un autre soleil artistique que Paris.
Or, plutôt que de décentraliser de Paris, décentralisons des musées. Accueillons les fugueurs dans nos artères, tant urbaines qu’humaines. Toutes ces œuvres, si elles demeuraient accessibles, ne pourraient que mettre fin à l’hermétisme supposé de la population à l’art contemporain. Constellation a, pour un temps, effacé le monolithisme muséal et la totégorie de l’art, ce qui n’est pas rien. Toutefois, on pourrait déplorer l’absence de thèmes généraux sous-tendant à ce festival. Les poids lourds artistiques ont été déployés, les sceptiques envoyés au tapis, mais finalement, on ne comptabilise que peu ou prou d’esprit d’équipe. On en prend plein la vue, c’est indéniable, cependant quand rétrospectivement on s’aperçoit de l’absence de cohérence du festival, on est un peu déçu. Choisir des œuvres célèbres pour obtenir une reconnaissance à grande échelle plutôt qu’un projet global fait par des artistes dont la réputation n’est pas aussi établie semble malheureusement montrer la future orientation de l’antenne du Palais Beaubourg. Collectionner les célébrités mais non pas innover. Et ce n’est pas comme ça qu’on fera fleurir ailleurs qu’à Paris un nouveau pôle artistique.

SEMMELEY Edwin (Audencia)
 

James Ensor
Paris musée d’Orsay, du 20 octobre 2009 au 4 février 2010
Gratuit pour les étudiants

©D.R.Autoportrait aux masques, 1899, 120x80cm, huile sur toile Cette exposition retrace l’évolution de l’œuvre de James Ensor. La première partie nous présente des paysages et des portraits réalistes, d’une banalité presque ennuyante. La rupture intervient avec entre autres « L’entrée du Christ à Bruxelles », ou l’on voit apparaître le thème du masque. L’exposition nous apprend que ce tableau fut très mal accueilli par le public, au point de provoquer l’exclusion du peintre du « Cercle des vingt », dont il était pourtant un membre fondateur.
Cela nous éclaire sur la seconde partie de l’exposition : les masques, des gravures plus macabres et absurdes les unes que les autre rappelant Bosch, semblent traduire le regard pessimiste d’Ensor sur la vie et sur la foule considérée comme une menace. Ainsi, « Autoportrait aux masques », nous montre le peintre au-dessus d’une foule de masques, en marge de la société qu’il semble dominer.
On retrouve ce narcissisme du peintre dans la dernière partie de l’exposition qui nous montre une série d’autoportraits : on apprend que le peintre en a réalisé une centaine au cours de sa vie.
Tout au long de l’exposition, ce qui ressort dans ses peintures, c’est une touche originale marquée par des coups de pinceau larges et enragés, des couleurs très vives voire criardes, qui rajoutent au grotesque une pointe d’agressivité. Le spectateur se sent aspiré par un tourbillon de masques, de formes, de couleurs et de railleries (Masques raillant la mort, 1888). De plus, on apprécie la variété des techniques utilisées : gravures, craies, huile, fusain, crayon noir…

Clémence Parodi, Aurélie Truchard
 
 
Les petits têt’ arts, annexe du Môm’art à Troyes
Du 15 Novembre au 30 Décembre
http://www.momart.fr/
©D.R.            Qui n’a jamais tenté d’emmener des jeunes enfants dans un musée? Et qui s’est juré solennellement de ne plus jamais recommencer ? Les petits têt’ Arts, initiative de la Ville de Troyes, tentent depuis début décembre de remédier à ce problème tout simple : la majorité des gosses se font royalement chier dans un musée. Spécialement conçue pour les enfants à partir de 5 ans, cette exposition est différente. Elle vit.

            Immédiatement, ce qui frappe quand on entre est le bruit. A chaque pièce sa musique ; ici, on ne chuchote pas. On est très loin du silence muséal traditionnel. Ainsi, pour avoir les explications sur un artiste ou sur une œuvre, il faut appuyer sur un petit bouton sur le sol qui enclenche un magnétophone. L’interactivité est le mot clé de cette exposition. Tout y est fait pour que l’enfant participe. Ainsi, à la fin de chacune des petites explications, il y a une question qui pousse l’enfant à réfléchir, à dire ce qu’il pense de l’œuvre. En outre, et à la différence des musées, le sens tactile de l’enfant est aussi mis à contribution par le biais de mini-jeux répartis tout au long de l’exposition. Par exemple, il doit reconnaître au toucher différentes manières de peindre (en couche épaisse, à la Jackson Pollock, etc. …). Cette exposition, bien que destinée aux enfants, n’est absolument pas ennuyeuse pour l’adulte. Il est très drôle d’observer leurs réactions devant les sculptures qui sont censées les représenter. Mon neveu de sept ans et moi-même sommes ressortis emballés.
Toutefois, on pourrait déplorer que la majorité des œuvres soit des reproductions et non des originaux (à l’exception des Marinot). De même, il est dommage que l’exposition ellipse totalement les arts vidéo, et qu’il n’y ait pas plus de peintures non figuratives, même si ce choix est cohérent avec le public ciblé. Les petits têt’ arts demeurent néanmoins une très bonne initiation au monde de l’art et cette approche ludique ne risque pas de lasser l’enfant, bien au contraire. Il est à mon avis souhaitable que ce genre d’initiative se multiplie dans toutes les mares de France, car elles sont spécifiquement conçues pour un âge où l’enfant est particulièrement réceptif aux nouveaux concepts. Enfin, il convient de souligner la gratuité de l’exposition qui contribue dans une petite mesure à contrebalancer la pauvreté de l’enseignement public concernant l’histoire de l’art.

SEMMELEY Edwin
 
 
Nothing More Natural
Anne Mie Kerckhoven
Du 6 novembre 2009 au 3 janvier 2010
FRAC des Pays de la Loire, Carquefou
www.fracdespaysdelaloire.com
Entrée libre
©D.R.© I’ll Rob You (page 25), 2005 Décalage d’ambiance au FRAC, Anne-Mie Van Kerckhoven,
artiste belge expose ses illustrations longtemps considérées
comme secondaires. C’est pourtant avec ces travaux que l’on
se sent plus proche que jamais de son intimité, découvrant
dessin après dessin l’univers tout entier de ses préoccupations :
la déconstruction des stéréotypes de la femme à partir d’une
iconographie tantôt pornographique, tantôt publicitaire.
Ce journal intime (Série I’ll Rob You) qu’elle nous offre, sans
distance, sans retenue, accroché page par page au mur ne peut
être que touchant par la simplicité et l’humilité qui se dégage
de ses œuvres. Elle laisse exprimer un imaginaire immodéré
et non censuré, ce qui ajoute à son travail une dimension
singulière ainsi que différents niveaux de lectures. Le ton non
conformiste de son œuvre s’ancre dans une démarche critique
contre-culturelle.
Son art, qu’elle précise depuis les années 70, présenté pour la
première fois en France, trouve enfin sa place dans le paysage
de l’art contemporain car il est toujours et encore d’actualité.
Pour finir c’est bien évidement une exposition à ne surtout pas
rater!

Mathilde Kouskoff et Alexandre Meyrat-Le Coz
 
 

It’s up to you, Delphine Deguislage
Du 5 novembre au 18 décembre 2009
Galerie melanieRio, 34 bd Guist’hau à Nantes
Du mercredi au vendredi de 15h à 19h, entrée libre.

©D.R. ©Photo: www.artzari.fr  « A vous de voir » serait probablement une bonne traduction du titre de cette exposition de l’artiste plasticienne belge Delphine Deguislage. Cette dernière nous invite en effet à un vrai questionnement visuel. A peine entré, le visiteur se retrouve face à une installation de projecteurs. R+V=J réalise la synthèse additive de la lumière émanant de deux spots : l’un rouge, l’autre vert qui s’associent pour créer une lumière jaune au sol. En pénétrant sous le halo de lumière, le spectateur participe à la réalisation de cette synthèse additive.
Dans la première salle, l’appel à l’action se fait plus explicite : « Look and see » ; « Here and Now » sont autant des œuvres esthétiquement intéressantes avec les alternances de pleins et de vides  que des invitations pour le spectateur à agir et se déplacer. La problématique liée à la mobilité est effectivement très présente chez Delphine Deguislage. Dans un court-métrage diffusé dans la deuxième salle de l’exposition, elle déclare elle-même être fascinée par tous ces lieux où nous ne faisons que passer un court instant. Ces lieux si peuplés où nous sommes tous rassemblés mais où chacun de nous possède son propre chemin, sa propre trajectoire, comme on peut le voir dans Map Souvenir, un cube en plexiglas retraçant tous les déplacements de l’artiste dans Bruxelles.
C’est donc un très beau travail sur l’espace, le volume et la couleur que présente ici Delphine Deguislage. On en ressort des couleurs plein les yeux et des envies de voyage plein la tête.

Morgane Leygue et Andréa Sitbon (Audencia)

 
 
Exposition de peinture.
du 26/11 au 20/12
à L'ATELIER, Nantes
©D.R. Exposition de peinture :
Peinture comme médium. Peinture comme symbole. Peinture comme révolution. Peinture comme sublimation. Peinture comme narration. Peinture comme objet. Peinture comme question.
Mais surtout peinture comme simplement de la peinture.
Passés une porte automatique, la peinture nous ouvre ses bras sans nous sauter aux yeux. Loin du classicisme à proprement parler, cette exposition parle d'autre chose. Du psychédélisme aux "présences exomonochromiques", en passant par des références multimédia, divers artistes  nous mènent à une réflexion sur la peinture dans ses rapports à la modernité, sa conception et son interprétation contemporaine. 
Comment interpréter des symboles multimédia acquis lorsqu’ils rencontrent le support de la toile ? Peut-on parler de « peinture » quand celle-ci est conçue en tant qu’installation tridimensionnelle ? Quelle est la nature d’une œuvre projetant sur un écran une performance d’une réalisation de peinture ? Et ces plantes peinturlurées tiennent-elles de la décoration ou de l’œuvre ?
Empreinte d’une subjectivité revendiquée, cette exposition nous perd dans son discours. Elle se veut loin des théories surabondantes de la peinture mais ne peut s’empêcher de nous donner la matière pour nous questionner.
Si ces peintures se veulent simplement peintures elles n’en demeurent pas moins œuvres.

Hyacinthe Le Rolland et Anne Raphaëlle Nicolazo de Barmon (Audencia)
 
 
Performance : Catch à moustache®
Date : Plusieurs fois dans l’année
Entrée libre
©D.R. C’est sous couvert d’anonymat que s’adonnent différents dessinateurs et illustrateurs Nantais de renoms (tels que sans les nommer : Tanguy J., Quentin F., Hervé T. …) à l’art du catch de dessin : l’art du CATCH A MOUSTACHE®. 
Après s’être faufilé dans une foule compacte et survoltée, scandant les noms de leurs catcheurs favoris, on peut alors voir ces véritables gladiateurs modernes. Sur un temps imparti, deux gentlemen masqués s’affrontent côte à côte en dessinant sur deux grands pans de papier blanc avec comme consigne deux sujets tirés au hasard par le public. Mais le catch ne peut pas être réduit à cette simple explication. C’est aussi une histoire de respect, de trahison, de vengeance, d’amour, « d’ultra violence et de bonnes manières ». Quand on s’aventure dans cette performance, l’odeur y est âpre. Mélange entre sueur et encre. Les bruits sont sourds. Les cris deviennent intenses. Notre corps ressent l’excitation. L’esprit se vide et atteint l’animalité la plus humaine.
Nous ne sommes pas là en simples spectateurs mais bel et bien en détracteurs d’une performance sensorielle ou alors en zazous amusés.
Cette performance, née au café Les Trois Bécasses à Nantes, a tout de suite connu son succès auprès d’un public averti aux pratiques de la joute artistique. 
Le CATCH A MOUSTACHE® a commencé à attirer des lieux comme le lieu unique ou encore des évènements de l’ordre des Utopiales ainsi que Scopitone lors de leur participation au concert de Sexy Sushi. Ne se cantonnant pas à Nantes ces valeureux dessinateurs masqués découvrent leur impact dans d’autres villes comme Strasbourg, Bruxelles, Anvers ou même Liège.

Hyacinthe Le Rolland

 
 
Soulèvements
La Maison rouge
Fondation Antoine de Galbert
10 bd de la Bastille
75012 Paris
www.lamaisonrouge.org
Jusqu'au 17 janvier
  Barricades, mouvements, oppressions, provocations, soulèvements.
Pour Jean-Jacques Lebel, artiste à l'origine de l'exposition, il n'y a d'art qu'insurgé, et par son titre : Soulèvements, l'exposition revendique la révolte, l'insoumission, la dissidence comme mode opératoire.
Jean de Loisy, commissaire d'exposition et Jean-Jacques Lebel, se permettent tous les anachronismes, faisant dialoguer les œuvres, créant du sens, sans hésiter à nous faire prendre position: soulever des jupes ou pas, prendre conscience ou fermer les yeux.
«La liberté ou la mort» nous dit Ben, l'exposition refuse d’entrer dans un moule, on provoque, on parle d'art bien sûr, de mouvements artistiques, de dada et compagnie, mais aussi de mémoire, d'injustice et surtout de folie. L'exposition fait « rhizome ». Au terme de ce cadavre exquis il n'y a d'autre issue que le questionnement du réel, la dérive et le doute quant à la vérité du visible.

Jaafar Sana
Trevino Christophe
 
 
Buraglio : En planneur
10 octobre 2009 - 3 janvier 2010
musée Fabre - Montpellier
©D.R.  « Un parcours impur et chaotique », voilà comment Buraglio qualifie son cheminement artistique.
Le caractère impur de son œuvre, c’est dans son rejet de la norme qu’on le retrouve ; dans cette perpétuelle révolution de la forme, du support et du matériau, qui, œuvre après œuvre, pousse nécessairement le spectateur au questionnement. Qu’est-ce que l’art, fondamentalement, si le plus banal des paquets de cigarettes peut en devenir une composante majeure ? Qu’est-ce qui, dans ce processus d’appropriation et de réutilisation du réel caractéristique de Buraglio, que l’on retrouve par exemple dans Les très riches heures de PB à travers le journal utilisé comme support, transcende véritablement la réalité et la sublime ? Si l’œuvre de Buraglio est impure, elle n’en est que plus riche, et riche de surprises avant toute chose. Car, toujours œuvre après œuvre, c’est l’étonnement qui accompagne et nourrit la réflexion. Une plaque de signalisation du métro parisien (Padova, 1987) ou la multitude d’agrafes dans Agrafages (1976) sont autant de traits d’unions entre le quotidien et sa transfiguration par l’art. Cette ouverture, ce dialogue permanent entre réalité et abstraction qui se dégage tout au long de l’exposition, est, à mon sens, parfaitement symbolisé par le Châssis de 1974 : car une fenêtre est autant art que l’art est une fenêtre, à la fois ouverte sur le monde physique et sur le monde symbolique.
Après avoir apparemment compris pourquoi Buraglio qualifie son parcours d’impur, c’est au terme de chaotique qu’il faut chercher à donner un sens ; sens qui se trouve peut-être dans les nombreux allers et retours temporels de l’artiste. Pierre Wat qualifiait Buraglio de « peintre sans pinceau […] résolument ancré dans la contemporanéité à la référence explicite à l’art du passé », et il est vrai qu’à l’image du lien étroit entre réalité et abstraction très présent dans nombre des œuvres exposées, les inspirations de l’artiste font, explicitement parfois, corps avec son travail. Les références à Manet (Autour de Manet, 1993-1996), à Cézanne surtout (D’après Cézanne, Baigneur, 1997 ou D’après Cézanne MoMA Baigneur « Au commandant Massoud », 2001) ou encore à Bazille (Autour de…Frédéric Bazille, 2001) sont parfaitement intégrées au reste de l’œuvre. Et c’est encore une fois une source de réflexion, d’interrogation sur la nature de l’art et de la figure de l’artiste comme pointe du triangle de Kandinsky (Du Spirituel dans l’art et dans la pensée). L’art tourne-t-il en rond, a-t-il perdu aujourd’hui toute possibilité de réinvention si son regard est continuellement tourné vers le passé ? Si la question peut et doit se poser, Buraglio donne envie d’y répondre par la négative. Car ces chassés croisés entre présent et passé, entre figuration et abstraction, entre tableaux et déstructuration de la forme de l’œuvre, ces acrobaties artistiques nourrissant certaines pirouettes de l’esprit sont autant de réinvention et de renouvellement de l’art.
Buraglio a eu et suit toujours un « parcours impur et chaotique ». Le spectateur aussi. Et il en redemande. 

Inesse Gannoun (Audencia)
 
 
Pierre Bastien
Concert du mardi 27 octobre
le lieu unique, Nantes
  Cet artiste nous présente un numéro inédit, il fait jouer un orchestre d'objets mécaniques et de morceaux d'instruments rafistolés. Il a appelé cet orchestre le mecanium, composé en tout de neuf machines reproduisant des sons d'instruments divers. Ceux-ci, venus du monde entier, sont tantôt fabriqués en mécano, alimentés par des petits moteurs où un simple petit morceau de papier remue à la vitesse d'un soufflet, tantôt conçus sur la base d'un tourne-disque où une languette de plastique vient battre des élastiques, placée avec beaucoup de précaution par les doigts de l'artiste, au fur et à mesure de la musique. Parfois quand les rythmes de l'orchestre s'emballent, Pierre Bastien les accompagne à la trompette ou au violon. Une musique jazz, intimiste, expérimentale, simple à entendre et belle à voir. Le spectacle est magnifique.

Simon Bouckson
 
 
Cabanes et Chansonnette, Pierrick Sorin
Nantes (Salle Blanche) jusqu'au 31 Janvier 2010
Musée des Beaux-Arts de Nantes.
©D.R. Deux cabanes. A l’intérieur de chacune, un Père Noël réalisant des expériences visuelles à l’aide de peinture et de matériaux alimentaires sur une plaque de verre. Sur le mur du fond de la salle blanche, une projection des compositions plastiques des deux Pères Noël. Une cheminée où brûlent les petits souliers. Tout cet ensemble sur fond de la célèbre chansonnette «Petit Papa Noël», interprétée encore une fois par deux drôles de petits hommes en rouge. On reste interloqués et amusés devant ces «théâtres optiques» que nous présente une nouvelle fois Pierrick Sorin. Interloqués par le dispositif, qu’on peine à comprendre dans un premier temps. Les Pères Noël sont-ils des hologrammes ? Y a-t-il un écran ? Les éléments du décor sont-ils réels ? Est-ce notre silhouette qu’on aperçoit sur les projections ? Amusés par ce chant, et par l’attitude de ces Pères Noël plutôt loufoques. Pierrick Sorin nous conforte dans cette ambiance de fêtes de fin d’année à laquelle nous sommes quotidiennement confrontés en ce mois de décembre, tout en «désacralisant » Noël. Travailler sur ce thème de Noël, qualifié de «pauvre » et de « très usé » par l’artiste, était par là risqué, et aurait pu d’une certaine façon dégoûter le spectateur, mais le travail de l’artiste n’est en rien banal ou traditionnel. Il détourne les codes et traditions de Noël et parvient à innover avec un thème qui paraissait pourtant épuisé, et ce pour notre plus grand plaisir.

Hélène Poutrel

 
Le premier élément qui frappe lorsque que l'on pénètre dans la salle abritant les installations de Pierrick Sorin est la qualité au sens technique du terme de ces dernières. Les sortes d'hologrammes projetés accrochent très aisément le regard. De même, les projections au sol et aux murs apportent une certain côté psychédélique à l'ensemble, cela n'étant pas sans ajouter à la touche humoristique, presque absurde qui se détache de ces installations. Ainsi derrière tant d'ingéniosité technique, se retrouve un grand sens de la dérision. Ce Père Noël assis sur un parpaing dans une sommaire petite cabane, digne du film Le Père Noël est une ordure, amène le spectateur à s'interroger, aussi bien sur la singularité qu'une telle situation apporte que sur des interrogations plus complexes et contextualisées d'autant plus en cette période d'après fêtes de fin d'année. Pierrick Sorin, ancien élève de l'école (diplômé en 1988) avait tout d'abord réalisé ces installations dans le cadre d'une commande. Il nous permet donc ici une autre lecture de son travail.

Aurélia Langlois

 
 
Joan Mitchell (1925-1992)
Musée des Impressionnismes Giverny
DU 23 AOÛT AU 31 OCTOBRE 2009
©D.R. L’aventure commence à l’arrivée à Giverny. Dans ma Peugeot rouge, je passe ma tête par la fenêtre et je respire à pleines narines les collines de Giverny si chères à Monet. Je suis en osmose avec le paysage qui m’entoure. Un panneau m’indique que l’exposition est à gauche. Je me gare en face d’un petit restaurant à la terrasse ensoleillée. J’arrive par le jardin du musée des Impressionismes créé par le paysagiste Mark Rudkin. Il se compose de parterres carrés monochromes, qui se succèdent de manière symétrique. Ces parterres sont entourés de haies qui en font des chambres où dominent les couleurs chaudes ou froides. L'allée principale couverte de glycines blanches me mène à l’entrée. Je me crois dans Alice au Pays des merveilles. J’entre. Je prends une place étudiant. Un petit couloir me conduit à la première salle. Je jette un premier coup d’œil global à 360 °. Les toiles sont abstraites mais d’un style différent. Elles représentent la nature surtout. J’aime déjà. Je sens la poésie de l’artiste qui m’enivre. Je commence à m’attarder sur les toiles. Joan Mitchell a un style bien à elle. Entre l’abstraction et le figuratif je trouve. J’ai le sentiment qu’elle ne veut pas  reproduire la beauté de la nature, mais l’impression que la vue de cette beauté nous apporte. Comme si elle s’intéressait plus à notre esprit, à l’homme qui juge, qui pense, qui subit la beauté, qui se laisse emporter par celle-ci, plus qu’à la beauté même de la nature. La toile qui me retient c’est Piano mécanique. Je n’y vois ni piano, ni machines, seulement des émotions, des sentiments, des impressions. Je vois la folie, la débauche, la déconstruction, l’emportement, l’indicible…cette confusion me plaît. Je sais maintenant que j’aime l’abstrait.je préfère me voir réfléchir plutôt que m’extasier devant un travail mâché –je veux dire devant des toiles de belles apparences, figuratives-. Les peintures de l’artiste font fouillis de loin, mais dès que je m’approche, tout n’est que détail, chaque trait semble réfléchi, pensé, et même s’ils ne le sont pas, j’aime me dire qu’ils le sont. Ces toiles me donnent à penser. Juste à côté, il y a une télévision qui passe un entretien de Joan Mitchell. Recroquevillée sur elle même, avec des grosses lunettes, une frange qui la cache, une voix androgyne, elle travaille dans le noir et semble avoir du caractère. Je trouve ça bien ce film. Connaître le personnage m’aide à mieux comprendre ces toiles. Je pense que cette femme ne veut pas nous montrer le beau, elle veut nous faire ressentir une autre beauté, celle de ne pas comprendre d’où vient le beau. Je continue. J’arrive dans les salles des triptyques, ces grandes toiles impressionnantes. Ce sont comme des livres. Joan Mitchell veut nous raconter une histoire. Les trois peintures collées sont liées soit par des couleurs, soit par des formes similaires soit par des traits qui se prolongent sur chaque toile. Ce sont des messages codés. Ces triptyques sont complètement différents des toiles du début beaucoup plus détaillées. Ce sont surtout des jeux de couleurs ici. D’ailleurs sur un des murs gris est écrit en jaune: “Si tu dis Sky ça signifie Ciel…Moi je vois d’abord S.K.Y. S est plutôt blanc, K est rouge, Y est ocre jaune”. Chaque lettre correspond à une couleur chaque mot fait un tableau. C’est pour ça qu’elle avoue ne pas aimer le français! Avec un mot comme CIEL, le ciel n’aurait pas une couleur bien naturelle! Cette femme est tout simplement géniale. Sa personne est mystérieuse. Ses toiles sont mystérieuses. C’est cela qui me fascine.

Andréa Sitbon (Audencia)
 
 
Soulages
14 octobre 2009 - 8 mars 2010
Centre Pompidou
75191 Paris cedex 04
+33 (0)1 44 78 12 33
©D.R. Aimez-vous la peinture? Aimez-vous l'absolu? Aimez-vous contempler? Aimez-vous le noir? Aimez-vous la lumière? Aimez-vous la gravure? Aimez-vous être submergé?

Les toiles de cet artiste sont tout simplement immenses. Elles prennent la place de murs. Une des plus belles salles de l'exposition est celle où les châssis découpent l'espace. On se retrouve face à des peintures rythmées et rythmant l'espace. Soulage creuse dans ses toiles comme un musicien taperait sur un djembé. L'artiste nous offre une simplicité brutale qui nous coupe le souffle. Pourtant on ne se lasse pas de regarder chaque détail. L'exposition va crescendo. On commence avec de petits formats en verre de taille irrégulière où de simples traits noirs sont déposés dessus. Toujours simple graphiquement mais toujours très agréable. On suit toujours son geste. On se retrouve devant des moyens formats où le noir joue avec l'espace et une couleur. La jeunesse de Soulages exprime une certaine violence, une certaine animosité. Plus on avance plus, la sagesse de l'âge le calme. Ses murs nous montrent un noir tranquille, apaisé dans son irrégularité. On commence en eau agitée, on entendrait bien des violons au loin qui nous joueraient un petit air strident et agressif. A force de rester dans l'eau, on finit par se rendre compte que l'on se retrouve dans des vents puissants, calmes et froids.
Je déconseille de rester figé en regardant cette peinture. Approchez vous de la toile, n'ayez-pas peur. Ressentez-la. Bougez à travers l'espace. Imprégnez-vous de ces paysages. Marchez, nagez, volez. Suivez les mouvements de l'artiste. Croyez-vous que l'artiste reste immobile pendant qu'il les fait?

Yannick Marty

©D.R.
Il est 15h20. On pénètre dans la Galerie 1 du Centre Pompidou. Ses hauts et longs murs blancs sont dédiés, pour la seconde fois depuis le début des années 1970, à la célébration de l’œuvre d’un des plus illustres peintres contemporains français de l’abstraction : Pierre Soulages.
C’est un voyage qui nous est proposé ; un voyage dans le temps par la rétrospective, mais aussi un voyage dans l’œuvre diversifiée de cet homme de 90 ans dont le dynamisme est frappant.

Fin des années 1940, début de la visite. On découvre les premières œuvres du peintre, non sans quelque surprise : elles sont sur papier pour la plupart d’entre elles, et réalisées avec des matériaux pour le moins inédits comme le brou de noix (généralement utilisé par les menuisiers). Le goudron est également employé sur des fragments de verre cassés, symbolisant l’éloignement de Soulages par rapport à la peinture traditionnelle.
1950 – 1970, Soulages devient véritablement le « peintre de l’ombre et de la lumière ». Sont exposées de nombreuses toiles où le noir et les tonalités très sombres sont principalement utilisés. C’est par le contraste soit avec une couleur très claire comme le blanc, soit par le raclage d’autres couleurs  comme le bleu que le peintre va réussir à véritablement éclairer le noir.
1979 ou « l’Outrenoir ». Soulages aborde un tournant dans son œuvre, vivement ressenti. Il recouvre d’immenses toiles de noir, mais cette fois-ci il se concentre sur la matière. En creusant de petits sillons dans la peinture, le peintre va suggérer de la couleur et provoquer du contraste par les jeux de lumière qui se créent selon les irrégularités de la matière.
On pénètre ensuite dans une salle entièrement noire, seulement éclairée par un mur blanc en face de trois grandes toiles noires suspendues, comme en lévitation au-dessus du sol. A partir de ce moment-là, plus aucune chronologie n’est respectée : c’est l’esthétique d’exposition dans l’espace qui est mise en valeur et qui prend tout son sens. De grands polyptyques sont suspendus dans la grande salle suivante de manière à ce que nous puissions tourner autour, créant de fait une interaction entre l’œuvre et le spectateur.

18h10. On sort du Centre Pompidou. La nuit noire contraste avec la luminosité de la Galerie 1 du musée où l’on se trouvait précédemment. Alors on se demande si l’esprit de Soulages et de son œuvre nous accompagnent toujours dans l’obscurité éclairée …

 

Déborah ASSAYAG-H. et Claire-Alix GOMEZ (Audencia)

©D.R.
En entrant, on commence par lire une biographie du peintre, du moins les grandes dates, qui sont développées sur un pan de mur. Puis on est laissé seul dans la nature, devant ces arabesques noires sur fond blanc ou sur feuille brute des premières années. D’autant plus seul que, quand j’y suis allé, le prospectus en français n’était plus disponible. Et là, j’ai eu du mal à comprendre, beaucoup de mal à comprendre. Des toiles ou des cartons en noir et blanc ; des arabesques au brou de noix. Plus ou moins noir, d’ailleurs et plus ou moins blanc. Toute cette première période mettait certes en lumière certains « qualificatifs » de Soulages, « peintre du noir et de la lumière », mais cela me semblait dit avec un peu trop d’emphase pour ce que je voyais certes mais ne comprenais absolument pas. Ces toiles m’ont fait l’effet d’un art « aléatoire ». Je n’ai pas réussi à voir autre chose qu’un mouvement incontrôlé. Je n’ai pas réussi à saisir quoi que ce soit derrière ces traits qu’à mon sens une machine aurait pu faire. Pourtant, Soulages aidait à analyser : il faut se concentrer sur le geste et « dans le geste, il faut surtout considérer ce qu’il apporte : la dimension du trait, la largeur, l’épaisseur, la matière, la transparence, son opacité, son emplacement dans la toile, sa situation par rapport aux autres traits ». Mais rien n’y faisait. Pour moi, c’était vide, hasardeux ; il ne semblait pas y avoir de travail derrière. Alors que Vernet disait, on le sait, à propos d’un de ses tableaux, « il m’a demandé une heure de travail et toute la vie », j’étais tenté, moi, de dire que ces toiles n’avaient demandé à Soulages que l’heure de travail.

Mais la suite de la visite réservait une petite surprise, dans les toiles de sa période « Outrenoir » qui démarre en 1979. Là, c’était autre chose. Et ça valait le coup d’être venu. Ce sont des toiles noires en résine, puis en acryliques à partir de 2004. Sur des étendues noires très épaisses, Soulages joue avec la lumière. Il creuse avec une spatule et ses toiles deviennent des sculptures. Il joue avec les reflets en faisant des diptyques symétriques où les textures mates et brillantes se répondent. Le critique Pierre Encrevé les a définies comme des « toiles mono-pigmentaires à polyvalence chromatique ». C’est joliment dit et ça résume très bien la situation. La première toile de cette période est le fruit du hasard. Et Soulages témoigne : « Les différences de textures réfléchissaient plus ou moins faiblement la lumière et du sombre émanait une clarté, une lumière picturale dont le pouvoir émotionnel particulier animait mon désir de peindre ». Et mon désir d’admirer ! C’était plus sculptural, plus architectural, et j’avais l’impression de recevoir plus de ces toiles. J’étais interpellé, en quelque sorte. Le commentaire de Soulages, qui disait que le noir, pour lui, c’était « une couleur intense, plus intense que le jaune, qui apporte des réactions violentes », prenait sens pour moi.

A noter tout de même : Les toiles n’ont pas de titre. Si vous voulez indiquer à un ami telle toile qui vous a plu, vous serez obligé de mentionner « Peinture. Acrylique sur toile. 123x256cm, 1996». Cela peut aider. Encore que les toiles de mêmes dimensions soient nombreuses.

Guillaume Jouppe (Audencia)
©D.R.
Notes et pensées
Le Centre Pompidou célèbre, par une grande rétrospective, l'œuvre du plus grand peintre de la scène française actuelle, Pierre Soulages : « Une peinture, c'est une organisation, un ensemble de relations entre des formes sur lesquelles viennent se faire et se défaire les sens qu'on lui prête »
 - opposition tranche/pointe fusain ; travaille sur du kraft /brou de noix sur papier / encre grasse
 - ne travaille pas sur un blanc tout à fait pur
 - brou de noix appliqué au couteau (63x50, 1949)
 -concentration au milieu de sa toile. Le plus souvent deux écritures dans le même tableau net/ flou.
 -Travaille sur du verre; étudie la coulure du goudron et explore sa matière ; différence entre lisse du verre et granité du goudron (grumeaux). «C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche » 1953
 - peinture 146x114, 1950 presque plus de blanc
 - huile
 - noir/marron/beige ; plus de parallèles
 - travaille avec du bleu et de gros pinceaux.
 - Rend le noir coloré, parfois ponctue le noir de couleur, parfois le contraire, parfois la couleur renforce ce noir ou lui donne du relief
 - huile + couleur + gros pinceaux + grand format + agressif + incisif + de coulures + d'espace libre (à partir de 1956)
 - dégage le noir pour faire sortir la peinture qui est en-dessous
 - rouge
 - matière
 - travaille sur la verticalité
 - Architectures de goudron, de brou de noix, de fusain. Ces architectures deviennent larges, hautes. Elles prennent de l'épaisseur. Le noir, l'outrenoir, le blanc de la toile deviennent basses, poutre et pilier fondateur d'une nouvelle architecture. Une architecture de la peinture. Les toiles se décrochent, elles deviennent organiques et grasses. Elles forment un espace architecturé de murs, de portes, de fenêtres. Elles nous aspirent à l'intérieur.
«J'aime l'autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence à toutes les couleurs et lorsqu'il illumine les plus obscures, il leur confère une grandeur sombre. Le noir a des possibilités insoupçonnées et, attentif à ce que j'ignore, je vais à leur rencontre » Pierre.Soulages
 - Les différences des textures réfléchissent plus ou moins la lumière. La lumière naît de la toile
 - noir total, différentes matières ; vers la sculpture? (1990)
 - Noir-lumière ; «outrenoir »
 - sépare les toiles en deux verticales ou horizontales et change de texture, volume.
 - polyptyque ; introduire une rupture dans la continuité d'une surface peinture dans l'espace

Romain Petit et Julia Piccolo.

 
 
3ème Foire de la Photo
2 au 30 décembre 2009
Galerie Confluence
13,14 quai de Versailles Nantes
www.galerie-confluence.fr
©D.R. Actuellement, se tient, à la galerie Confluence, la 3ème Foire à la Photographie contemporaine. Cette galerie, vieille de cinq ans, se consacre exclusivement à la photographie contemporaine, exposant des artistes régionaux et internationaux.
L'intérêt majeur de cette exposition se situe dans la diversité des photographies qu'elle donne à voir, nous proposant les travaux d'une trentaine d'artistes ayant une vision singulière et personnelle de la pratique photographique. En effet, elle dresse le panel de techniques variées allant du photogramme à la photographie de studio, en passant par la photographie dite «spontanée», le montage photographique, la retouche numérique, les différents aspects du tirage argentique, etc...
Parmi ces 200 photographies exposées, certaines ont attiré notre regard plus que d'autres. Ainsi nous avons découvert les travaux d'Alain Devahive, qui joue avec la technique du tirage : lumière, teintes, nuances de noir et blanc sont au coeur-même du montage photographique (par collage de différentes épreuves argentiques) proposé sur un chevalet. Présentation étonnante, jeu de masse troublant, le fait que l'artiste joue avec l'outil même qu'est la photographie argentique pour la faire presque devenir une peinture abstraite, sont autant d'éléments qui nous font aimer ce travail.
Pascale Kim photographie des éléments de nature en les plongeant dans une obscurité qui les rend presque imperceptibles; Valérie Donsbecke semble enfermer des fragments  photographiés d'architecture dans des cubes de plexiglas, ce qui obstrue la perception que nous en avons; les photographies de Xavier Navatte nous plongent dans une atmosphère brumeuse, où des personnages évoluent et nous troublent par les nuances colorées et la lumière qui s'en dégage entre ciel et terre. Ces travaux sont des exemples parmi tant d'autres que nous offre à voir cette exposition.

Marie Lépine et Yannick Marty
 
 
It's up to you – Delphine DEGUISLAGE
galerie Mélanie Rio. 34 bd Guist'hau, Nantes
du 05 novembre au 18 décembre 2009
www.rgalerie.com
www.delphinedeguislage.com
©D.R. Je vois un travail sur l'optique.
Je vois des dessins de pylônes comme j'en ai vu des centaines
Je vois des damiers noir et blanc écrivant le mot «now».
Je vois une volonté graphique.
Je me demande s'il y a quelque chose à voir. Je continue d'avancer et dans ma vision périphérique un tableau a l'air de bouger. Il s'agit de «PARALLAXE N°4» une série de cinq sérigraphies qui jouent avec le déplacement du spectateur, comme le défilement du paysage par la fenêtre d'une voiture. Ce déplacement fait des spectateurs les collaborateurs qui font exister le travail.
« MAP SOUVENIR » est une œuvre réalisée avec des plaques de plexiglas, comme un tiroir classeur où sont rangés les déplacements quotidiens de l'artiste dans la ville en fonction du mode de transport. C'est une cartographie personnelle de l'artiste. Les traits des souvenirs récents sont vifs, alors que les plus anciens, sur les couches profondes du « tiroir » sont flous et les couleurs se mélangent. C'est une représentation du processus de souvenir.
Je vois une artiste qui aiguise notre regard dans le déplacement, depuis le mouvement de l'esprit jusqu'aux flux migratoires, « que voyons-nous? », il y a tellement de choses à voir.

Eri Tomonaga et Christophe Trevino
 
 
Fascinante Italie
20 novembre 2009 - 1 mars 2010
Musée des Beaux-arts de Nantes
©D.R.© Photo: Laure-Anne Ruan Invitation au voyage

Les arcs, les paysages,
Les colonnes, les visages,
Serait-ce une invitation au voyage?
Déambulant dans ces allées,
Nous nous laissons porter
Par cette atmosphère ensoleillée.

Les gondoles voguant sur l'eau,
Les couchers de soleil infinis,
Serait-ce une invitation au voyage?
Ces paysages aux allures de cartes postales,
Dignes d'une agence de voyages,
Nous transportent vers Venise, Milan, Rome ou la Toscane.

Goût de déjà vu,
Rayonnement, enseignement,
A la manière de, copies,
Artistes étrangers au pays,
Ont puisé en l'Italie leur héritage,
Tous nous invitent au voyage

Ce dont je me souviendrai,
Ce sont les petites choses,
Comme une assiette, un portrait.
Ce dont je me souviendrai,
Ce sont les petites choses,
Comme des croquis de toi,

Fascinante Italie...

Marion ROUSSEAU
Margot NICOLAS
 
 
Multiple #2 ou comment trouver des cadeaux de Noël et Gaël Derrien
Galerie RDV
16 allée du Cdt Charcot
galerierdv.com
Du 21 novembre au 23 décembre 2009
©D.R.

La galerie RDV (le rendez vous se situe entre deux sex shop !) nous donne à voir une exposition collective de lithographies ainsi qu'une mise en vente de ces dernières (on peut en trouver aussi certaines qui sont exposées en ce moment au Ring) mais aussi, et surtout, des œuvres récentes de Gaël Derrien (2008-2009).
Ancien étudiant des Beaux-arts de Quimper (une bonne école, nous précise RDV !), Gaël Derrien s'est déplacé a Nantes pour poursuivre son travail de recherche sur le lien entre corps et terre, ainsi que la manière de tracer une ligne, autant dans le domaine de la peinture, que du vocal ou de la sculpture. Il a récemment collaboré avec Anne de Sterk dans le cadre d'Estuaire 2009. Se sentant plus proche de la peinture que de sa mise en mot, les œuvres présentées à la galerie RDV sont intitulées Outre-mots  ainsi que Respiration Blanche.
Cet artiste nous adresse à travers RDV, un message fort « Rapide et Gourmand ». « Colore ton Rift ! »
On peut tout de même s'interroger ici sur la pertinence de cet accrochage, qui mêle différents artistes, et qui ne met pas spécialement en valeur le travail de Gaël Derrien.

Laura Orlhiac, Hugo Walsdorff, Delphine Simeao

 
 
UNE EXPOSITION DE PEINTURE
Du 26/11 au 20/12/2009
L'atelier, 1 rue de Chateaubriand, Nantes
Ouvert du mardi au samedi de 13h à 19h et le dimanche de 10h à 15h.
Entrée libre
©D.R. « -Y'a que des ronds dans cette salle.
-Non y'a une plante aussi.
-On dirait un loading d'ordinateur!
-En même temps ça s'appelle loading.
-On passe à l'autre salle?
-Attends, regarde ce tableau : y'a des couleurs autour des cercles, tu trouves pas que ça bouge?
-Oui. On y va?

-Ça fait un peu futuriste ce grand tableau rond.
-Içi le blanc va vers le gris alors que c'est la même couleur.
-Et comment ça s'appelle?
-Y'a plein de cartels; soit Stéphane Dafflon soit Morgane Tschiember.
-Ça, on dirait un gros bonbon rayé!

-Ya d'autrex plantes éclaboussées là.
-Mais c'est des œuvres en fait.

-Ils auraient pu mettre un mur blanc quand même...
-Ouais, on y voit rien.
-En même temps la planche en bois ça va avec.
-Mais c'est une fausse : c'est peint dessus, le motif bois.
-Regarde la mallette : elle est fermée mais coupée.
-Viens on s'assoie.
-On entend bien le vent quand même.
-Ah, c'est des montagnes.
-Ils peignent avec quoi là?
-Des éponges.
-En fait leur peinture est plus profonde que le paysage.
-On y va?

 -Pourquoi ils ont changé les toiles blanches avec les marques?
-T'es sûre?
-Oui elles étaient plus détendues avant.
-Le mur fait partie de l'œuvre.
-Oui il devient tableau et le tableau en lui même, un prétexte.
-C'est une plaque de gribouillis géante.
-On sent l'énergie là dedans!
-C'est fait des deux côtés en plus.
-Mais c'est pas peint?
-Non c'est du graphite.
-Il a pas besoin de motif répétitif pour que ça vibre.
-On dirait des impacts de balles avec les coulures.
-Pourquoi rouge et noir?
-Ça a l'air d'être le même lieu. Tous les objets environnants du paysage sont marqués.

-Mais qu'est ce que c'est?
-Une télécommande.
-L'arrière d'une tour d'ordinateur. Non, une autoradio.
-C'est un toit d'immeuble vu du ciel.
-C'est volontairement flou, comme pour Google earth.
-Celui là, de loin on dirait pas de la peinture.
-Ça crée plein de couleur la répétition. Ça donne un côté mécanique aussi, manufacturé.

-Moi j'aime bien cette exposition de peinture parce que y'en a pas au sens classique du terme. »

Simon Boukson
Jeremy Knez
Cécile Hadj-Hassan
 
 
Jorj Morin - Jean Branchet Gravures Musée de l'Imprimerie
24 quai de la Fosses
44000 Nantes
0240732655
musee.imprimerie@free.fr
©D.R.

L'exposition présente une vingtaine de gravures de Jorj Morin et une dizaine de Jean Branchet. Elle rassemble aussi quelques catalogues d'œuvres, indisponibles à la lecture, de Jorj Morin.
L'intérêt de cette exposition est la présentation de gravures modernes et contemporaines. En effet la gravure est très peu présente dans l'art moderne. On peut citer Picasso qui l'utilisa à plusieurs reprises notamment avec sa série Raphaël et la Fornarina. A la manière des premières abstractions de Kandisnky, Morin présente des tableaux abstraits en donnant un titre de l'ordre du récit. Branchet quand à lui présente des abstractions qui ressemblent plus aux tableaux de Kandinsky des années 30. On peut aussi voir la citation de Cézanne « Il faut traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône » dans le travail de Jean Branchet puisque qu'il utilise principalement ces figures dans ses compositions. Morin initia Branchet à la gravure. Ils prirent cependant un chemin différent dans leurs formes d'expressions. Tandis que Morin gardait un pied dans la réalité, Branchet était proche de l'abstraction des membres du neo-plasticisme.
Après une série abstraite on trouve au fond deux gravures figuratives de Morin. On pourrait associer le paysage de campagne aux premières toiles figuratives de Kandinsky (encore lui) et la marine à certaines toiles de Raoul Dufy.
Ces deux artistes affirment la spécificité de la gravure en affirmant les pointillés qui servent d'habitude à créer les nuances dans la gravure classique. Chaque gravure est numérotée.
Il nous semble pertinent de visiter le musée parallèlement à l'exposition. Leurs œuvres doivent être plus pertinentes avec une connaissance de l'imprimerie, de son histoire et de ses techniques.

De Barmon Anne-Raphaëlle et Marty Yannick

 
 
Les Dormeurs,
2009, installation lumineuse de Pedro Cabrita Reis.
Xe Biennale d’Art Contemporain de Lyon.
Entrepôt Bichat à Lyon,
Du 16 septembre 2009 au 3 janvier 2010
©D.R.© Photo: Haupt & Binder Etrange lieu que celui choisi par Pedro Cabrita Reis pour son œuvre. L’entrepôt Bichat est un édifice industriel en béton armé construit en 1916. Longtemps utilisé comme arsenal puis comme garage jusqu’à ce qu’un incendie le ravage dans les années 80, ce bâtiment laisse aujourd’hui une impression d’abandon et de solitude, de vide et de mort. C’est ce qui explique peut-être la volonté de Pedro Cabrita Reis de redonner à ce lieu une vie nouvelle.
Par l’installation de néons à l’intérieur de l’entrepôt, l’artiste habille l’espace entier de traits lumineux qui créent véritablement du volume et stimulent l’imagination du spectateur. Dans la douce pénombre de l’entrepôt, ces traits de lumière fixés au plafond, sur les murs, flottants dans l’air ou gisant simplement à terre contribuent à la création d’un univers parallèle de science-fiction, où le monde urbain et industriel est comme mort alors que les néons lumineux apportent une lueur d’espoir et une énergie revitalisante. L’artiste parvient ainsi à habiter l’espace entier d’un simple hangar désaffecté.

Morgane Leygue (Audencia)
 
 

L'Observatoire de Tadashi Kawamata
Site pérenne
Lavau-sur-Loire (rive nord après Cordemais)

©D.R.

Au fil de la Loire, un voyage entre sites industriels et espaces préservés, où une poignée d'artistes ont investi de singuliers espaces. C'est tout d'abord la découverte d'un lieu, l'estuaire, à deux facettes, nature sauvage presque hostile avec le fleuve et ses courants puissants d'un côté et zones industrielles lourdes toujours en activité de l'autre.
Ainsi lorsque l'on arrive à Lavau-sur-Loire, on peut être surpris de ne pas effectivement voir la Loire. Une zone marécageuse d'apparence impraticable siège là où jadis se trouvait le port. C'est cet espace que l'artiste japonais Tadashi Kawamata a choisi d'exploiter, non sans avoir procédé à une étude détaillée du lieu.
Un parcours faisant appel aux sens s'offre ainsi au visiteur. Des planches de bois forment un chemin sinueux, tantôt émergé, tantôt inondé suivant les saisons et les coefficients de marée qui se doit d'être parcouru pieds nus pour s'en imprégner complètement. Le long des planches, ce sont de grands roseaux, dont le bruissement varie avec le vent qui flattent l'ouïe et le regard. Et au-delà, s'étendent vasières, bras de fleuve et la centrale de Cordemais qui apparait comme sortie de nulle part. Le cheminement se clôt sur un haut corridor n'étant pas sans rappeler les enclos à bétail américains. Pointe d'humour ou non, on peut se rendre compte, arrivé en haut de l'observatoire qu'un troupeau de vaches paissant à proximité nous observe... Belle mise en abyme en somme pour un site hautement recommandable, ne serait-ce que pour mieux appréhender les espaces autour de Nantes, souvent méconnus.



Aurélia Langlois

 
 
Philippe Cognée
Galerie Daniel Templon
30, rue Beaubourg, 75003 Paris ; Tél : 01 42 77 45 36
Site web : www.danieltemplon.com - E-mail : info@danieltemplon.com
31 octobre – 31 décembre 2009
©D.R. Passages
Ce sont des lieux de passage que Philippe Cognée a représentés. Les plus ordinaires : couloirs d’hôtels, grandes surfaces, etc.
Il m’a d’ailleurs fallu en voir deux ou trois pour commencer seulement à les appréhender. Pour comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement d’une recherche esthétique abstraite, mais d’une grande surface. Le rayon boucherie.
En fait cela ressemble à des photographies prises avec un appareil de mauvaise qualité ou à ces images satellites trop zoomées dans les films d’espionnage. Bref, on est à mi-chemin entre abstraction et figuration. C’est captivant.
Et c’est effectivement comme cela que Philippe Cognée travaille : à partir de photographies prises au téléphone portable.Les images choisies sont toujours ambivalentes ; on peut y voir une ville par exemple, ou un motif abstrait. Par la suite, Cognée va, par son travail, réifier l’image, l’altérer c’est-à-dire la rendre autre. Pour résumer sa « méthode », une phrase est à retenir : « en peinture, l’image se transforme en une autre, qui se métamorphose en matière qui se métamorphose en image, etc. ». Le concret se mêle tout entier à l’abstrait à travers le travail de l’artiste.
La technique de Cognée est de plus atypique. Ce Nantais (il y a son atelier et a été formé à l’Ecole des Beaux-arts de Nantes) projette les images sur des toiles et les réinterprète, à sa manière, à travers sa peinture à la cire.Il peint puis, allonge la toile sur un plan, pose un film plastique dessus et applique un fer à repasser. En fondant, la cire donne des effets très étranges, les pigments se mélangent, on croirait voir ces agates avec lesquelles les enfants jouent dans la cour de l’école ; et, par endroits, la cire se détache même de son support, donnant par là un aspect un peu brut à la toile, lui rendant la part d’aléatoire qui lui revient. Ainsi, Philippe Cognée dit-il lui-même, « C’est une question de savoir-faire, de dosage. Parfois, j’écrase la surface, à d’autres moments, je ne fais que l’effleurer. La variété des gestes est extrême. L’opération peut détruire la toile et donner un résultat opposé à ce que je cherchais. » Et, in fine, des œuvres qui paraissent à la fois sans fond et très denses.
En fait, on voit ses toiles (j’ai vu ses toiles), comme à travers un brouillard, ou plutôt comme à travers une vitre embuée ou trempée par la pluie.Ça marque.
Bref, allez-y !

Guillaume Jouppe (Audencia)
 
 
Le jardin de la France
jusqu'au 18 janvier 2010
Musée des Beaux-arts de Tours
©D.R.© Max Ernst, Le Jardin de la France, 1962, huile sur bois (144 x168)

Le Musée des Beaux-Arts de Tours présente pour la première fois les œuvres créées en Touraine (entre 1955 et 1968) par cet artiste majeur du XXème siècle.
L’exposition retrace le passage de Max Ernst dans le Val de Loire, région dans laquelle il s’installe en 1955 après avoir reçu le grand prix de peinture de Venise. Ce changement de cadre associé à un changement radical des contextes à la fois politique et géopolitique –la seconde guerre mondiale fait alors partie des erreurs passées- influencent considérablement l’œuvre de l’artiste qui s’inscrit cependant toujours dans le prolongement et la continuité de son travail antérieur. Les allers et retours dans le temps sont présents et révélateurs ; Ernst évolue sans se renier. L’Un peu de calme de 1955 illustre cet état d’esprit serein qui le caractérise en Touraine tout en renvoyant directement à son premier Un peu de calme réalisé dans les années 40 et dans lequel on lit un Max Ernst plus énergique et nerveux. Ce n’est pas de la schizophrénie mais le signe d’une sensibilité exacerbée qui s’imprègne presque absolument de son milieu extérieur et de ses multiples composants.
S’il y a, au cours du temps, changement de média -Un microbe vu à travers un tempérament, initialement peinture de la taille d’un timbre poste, est revisité en 1964 pour devenir une installation de 2 mètres 50- et renforcement du caractère abstrait dans son travail, Ernst ne détruit pas tout lien avec le réel, dans le but de maintenir en permanence un dialogue avec son spectateur en facilitant sa capacité de projection dans l’œuvre.
L’artiste est une éponge : l’influence surréaliste –dans le jeu autour des intitulés par exemple, véritables passerelles poétiques entre l’œuvre et ses sens profonds- ou encore cubo-futuriste –que l’on retrouve plus particulièrement dans Un dimanche d’après-midi sur les Champs Elysées où la décomposition géométrique du sujet fait directement écho au mouvement des années 20- se devinent tout au long de l’exposition sans pour autant être simplement copiées. Car l’artiste est une éponge originale et la spécificité première de Max Ernst reste ce lien toujours présent entre l’œuvre et une certaine réalité caractérisée par le refus de se défaire entièrement de tout élément figuratif. Que ce soient la lune que l’on devine dans La mare aux grenouilles ou les pieds de l’une des 33 fillettes chassant les papillons, le spectateur n’est jamais noyé dans la seule abstraction ; son regard sur l’œuvre, éduqué et sensibilisé aux problématiques artistiques ou pas, peut donc plus facilement s’y reconnaître.
Et c’est ce qui touche profondément dans l’œuvre de Max Ernst, ou du moins dans ce bout d’œuvre marquée par la Touraine et présentée au musée des Beaux-arts de Tours ; cette possibilité qu’il nous laisse de l’aborder sans pour autant se dévoiler entièrement, cette liberté qu’il nous laisse également dans l’interprétation de ses gestes et de sa retranscription artistique du monde qui l’entoure tel qu’il le conçoit, et cette vision simple mais riche de la vérité qu’il nous propose et que l’on retrouve dans ce Jardin de la France, symbole de l’exposition, ou dans le titre d’un de ses écrits « La nudité de la femme est plus sage que l’enseignement du philosophe. »

Inesse Gannoun (Audencia)

 
 
Le syndrome de Peter Pan
Exposition de Felicia Atkinson, Marie Blanchard, Quentin Faucompre, Daniel Johnston, Frédéric Malette, Julia Pallone et Alice Watson.
Jusqu’au 13 Janvier 2010
Heidigalerie, 1 rue Beaurepaire 44000 Nantes
Ouvert du Mardi au Samedi de 14h à 19h
www.heidigalerie.com
©D.R.© Ghostout. Felicia Atkinson. Syndrome de Peter Pan : personnes souffrant d’immaturité, refusant les responsabilités, avec des comportements narcissiques et des tendances à la manipulation.
Heidigalerie nous présente ce mois-ci des artistes ayant porté leur réflexion sur le monde de l’enfance, ses rêves, ses cauchemars et ses représentations. Des adultes pensant comme des enfants pour d’autres adultes. D’une certaine manière chacun d’eux s’attaque à une période différente de l’enfance ce qui à nous, visiteurs, donne l’impression de revoir nos 16 (ou plus !) premières années en accéléré, mélange d’émois, de nostalgie et d’envie aussi.
Felicia Atkinson recrée les balbutiements du dessin, ces fantômes au sens premier du terme qui nous hantaient il y a bien longtemps, rapidement dessinés, grâce à de gros feutres et autres crayons de couleur sur du papier à carreaux ou du papier calque. Premiers dessins premiers cadres, ceux de Felicia Atkinson sont simples en pin clair tout comme ceux que nous utilisions ; la valeur du cadre à cet âge n’a pas d’importance. Cependant l’artiste manipule ces angoisses à l’aide de messages tels que : «YOU WILL MISS ME WHEN I BURN », intrus au cœur de gribouillis enfantins.
Les interrogations des autres artistes sont tout aussi recherchées. Dan Johnson nous replonge dans l’époque où nous dessinions avec précaution et de manière quasi-industrielle les mêmes Superheros, à l’aide de gros feutres certes mais « sans dépasser les bords », sur de simples feuilles blanches que nous nous appliquions à épingler tels des posters sur nos murs. Marie Blanchard et Quentin Faucompré nous amène quant à eux aux prémices de l’âge adulte, on sent une réflexion qui apparaît, un détournement des représentations, sur des thèmes propres à l’adolescence tels que l’entertainment ou les mangas.  Le cadre y est déjà plus sobre, presque inexistant à la manière de Mrzyk et Moriceau, le dessin drôle et imaginatif, voire critique à l’image de ces « armes à ballons ».

On peut, et il faut sûrement, vivre cette exposition de différentes manières. Avis aux nostalgiques et aux rêveurs, avis aux fans de culture pop, chacun s’y retrouve. Nous avons aimé, nous y sommes retournés, mais une question reste toujours pour nous en suspens : finalement est-on toujours capable de dessiner comme un enfant dès lors que nous sommes habités par une âme d’adulte ?

Marie Ormevil
Hugo Bossaert
 
 
Popisme, Episode V
proposée par Franck Lamy au lieu unique de Nantes
Du 18 octobre au 10 janvier
Du mardi au samedi de 13h à 19h / Dimanche : de 15h à 19h / Entrée libre
©D.R.

« Popisme, épisode V », est le cinquième épisode d'un projet de recherche évolutif explorant les relations diverses de l'art et de la musique. Ce cinquième épisode nous est proposé par Franck Lamy, il réunit huit artistes contemporains autour du thème "les plasticiens et leur rapport au son" explorant ainsi le genre du film musical. Cette exposition présente au lieu unique est structurée autour de grands cubes dans lesquels sont enfermés les films, vous permettant ainsi de vous déplacer librement.

Sept grands cubes, dans lesquels sont exposés huit artistes : Johanna Billing (Another album), Jesper Just (This love is silent), Virginie Le Touze (Hyper chanson d'A), Marie Losier (Papal broken dance), Vincent Madame et Fanny Adler (Juste avant les forêts), Cécile Paris (Les Italiens, un début) et Guy Richards Smit (Nausea 2). Sept grands cubes noirs, vous plongeant directement dans les films proposés, mais parmi ceux-ci, attardons-nous sur celui de Cécile Paris (Les Italiens, un début), cette artiste contemporaine, enseignante à l'école des Beaux-arts de Nantes nous présente le prologue d'un projet plus long qui se construit à partir du personnage de Barbara Carlotti. Mettant en scène Barbara Carlotti, il s’agit d’un long plan séquence débutant sur un travelling d'une côte italienne ou non et c'est ce lien étroit entre la musique et l'image qui est intéressant dans ce film. En effet la musique tend à situer la scène dans l'espace, seulement quel espace ? Celui de l'homme au casque ou la situation géographique des différents protagonistes ? Ce film est donc intéressant sur ce point, juste l'image au naturel et une musique entraînante suffisent à stimuler l'imagination et à transporter l'esprit du spectateur au delà du simple cube noir.

C'est ce qui est appréciable dans l'ensemble de cette exposition, les sept grand cubes proposent des portes de voyage vers des destinations inconnues ou non, issues de l'imagination des artistes. Tout ceci dans des espaces intimistes, renforçant ce lien entre l'univers de l'artiste et celui du spectateur pris d'envie de voyager.

BAEK Youngha, BETTAREL Juliana

 

Vous êtes dans une immense salle, devant vous se trouve sept énormes
caisses en bois. Entrez dans l'un de ces boxes et laissez-vous emporter
par sa vidéo et sa musique.
A l'occasion du cinquième épisode de Popisme, le lieu unique ouvre
ses portes pour faire découvrir aux spectateurs différentes manières
d'aborder le son et l'image.
Avez-vous une préférence pour les clips, les comédies musicales ou
les courts-métrages? Pas de crainte, l'exposition vous présente sept
artistes éclectiques. Guy Richards Smit montre avec son film Nausea
l'univers désenchanté de la pornographie. Grâce à ses deux personnages, Maxi Geil (une porno star) et sa collègue Giselle Thurst ainsi que les chansons placées entre deux scènes et chantées par les acteurs, l'artiste décrit un milieu malsain où l'homme se remet sans cesse en question.
Si vous êtes un amateur de rock, le montage vidéo de Marie Losier, Papal Broken dance, vous fera directement penser à l'un des clips du groupe Blur, Boys and girls.
Par sa scénographie, les thèmes abordés (chant classique, sonorités électroniques ou scènes très cinématographiques) l'exposition Popisme a su brillamment réunir des artistes ayant la même conception de la musique mais des approches différentes.

Nsani Mayala
Joanna Maeyens

 
 
BRASSAÏ "La Maison que j'habite"
Du 24 septembre 2009 au 4 janvier 2010
Chapelle de l’Oratoire, Musée des Beaux-arts de Nantes
10, rue Georges Clemenceau, Nantes
©D.R. Brassaï, de son vrai nom Gyula Halàsz fit ses études dans les écoles des Beaux-arts de Budapest et de Berlin où il s'initie à la peinture et la sculpture. C'est en s'installant à Paris en 1924 qu'il prit le pseudonyme de Brassaï et choisit de devenir photographe. Ses premières prises de vue furent celles d'un Paris nocturne, loin des sites connus, afin de saisir l'atmosphère des nuits parisiennes. Des clichés noir et blanc dont il fait le tirage lui même, en chambre noire.

« Brassaï, la maison que j'habite » nous présente des clichés peu connus de l'artiste, voire inédits, mais caractéristiques de l'œil de Brassaï. C'est en effet ce que nous pouvons ressentir à première vue sur l'ensemble des clichés proposés, Brassaï avait l'œil du photographe, montrant une parfaite maîtrise du média photographique et une connaissance parfaite du langage photographique. Les proportions, le contraste né de la lumière, la mise en scène... tout y est. Mais ce qui fait la force de Brassaï c'est justement qu'il n'a pas seulement cet œil photographique. L'excellente maîtrise de son média n'est là que pour mieux nous transmettre sa pensée, nous immerger dans des sentiments à partager. Ce ne serait qu'une simple maîtrise du support si cela s'arrêtait à des sujets communs, seulement Brassaï va plus loin en nous présentant ses prises de vue d'un Paris nocturne et peu connu, ou encore ces Graffitis sur les murs d'usine rappelant les peintures rupestres de la préhistoire, d'objets courants qui prennent une toute autre vie sous son regard, et bien d'autres encore. Brassaï a un discours, des sentiments nouveaux à nous faire découvrir ou redécouvrir. Il est surprenant de voir qu'un objet de la vie quotidienne puisse être aussi beau sous un certain regard, et qu'un lien intemporel relie les hommes entre eux. L'art de Brassaï est un art qui se savoure au quotidien, totalement coupé du temps. C'est ce que cette exposition nous dévoile si l'on ouvre suffisamment son esprit, et que l'on projette notre regard au-delà du matérialisme. Tout peut se transformer en art autour de nous.

La conclusion de cette exposition serait que la maîtrise de son support par Brassaï ainsi que son regard ne peuvent laisser quiconque indifférent. Il est rare de voir un artiste maîtriser aussi bien son média ; la photographie est un support certainement bien choisi car il n’handicape à aucun moment son discours mais au contraire le renforce et le transcende.

BAEK Youngha, BETTAREL Juliana
 
 
Erosions, Guillaume Krick et Benjamin Thomas
Du 03 Octobre au 07 Novembre 2009
Galerie RDV, 16 Allée du Commandant Charcot, 44000 Nantes
Ouvert du Mercredi au Samedi de 14h à 19h, sauf fériés.
www.galerierdv.com
©D.R.©D.R. Erosions, réflexion sur l’urbanisation grandissante, sur l’occupation de l’espace par les êtres humains.
Travail photographique, sculptural et musical, l’exposition fondée sur l’observation de banlieues nord-américaines, ramène au cloisonnement invisible et insidieux d’espaces censés au contraire rassembler les hommes. Treize caissons de bétons, contenant chacun une photographie, encerclent le visiteur et matérialisent l’enfermement urbain. Celui-ci, noyé dans le flot urbain, est conditionné par le bourdonnement lancinant de la bande sonore. L’installation, enserrée de structures métalliques, barrières visuelles ouvertes dangereusement attirante, marquent la frontière entre l’homme et la ville.
On regrette toutefois le manque de volume de la galerie et la dimension minimaliste de certaines œuvres rendant parfois impossible une distanciation par rapport à celles-ci. De plus, il est dommage que les photos aient été retravaillées : le message est certes très clair, mais l’effet incongru.
Cependant, ces quelques maladresses n’entachent que peu le ressenti de l’observateur et ne dévalorisent en rien le travail des artistes : l’enfermement est là et reste là.

Florence Charrier (Audencia) et Hugo Bossaert (Audencia)
 
 
Performance dans le cadre des XXIIIe ateliers internationaux du FRAC des Pays de la Loire
HA ZA VU ZU,
FOR WHOM IS IT TOO
LATE TO DAY ?
BETWEEN STAMP AND MARS Exposition du 6 novembre 2009 au 31 janvier 2010
Entrée gratuite.
©D.R.©D.R. Dans le parc devant le Frac, on peut distinguer les restes d’une œuvre créée par un groupe de cinq artistes turcs : c’est un avion dessiné au sol grâce à du carton et des sachets plastique qui, avec le temps, ont laissé une marque plus claire sur la pelouse. Aujourd’hui on ne distingue plus que quelques cartons et plastiques, laissés là, ineffaçables par le temps qui passe.
A l’intérieur de la grande salle centrale, siègent les six autres œuvres créées par ce groupe :
Une grande photo s’étendant sur quatre panneaux, d’un drap reliant deux voitures, figurant ainsi une limousine Premier prix ; une salle qui a pu servir de hangar pour un groupe de musiciens, dont le sol est jonché de détritus, cartons, tâches de peinture et dont les murs sont couverts de petites affiches représentant la planète Mars. Derrière cette œuvre, une toute petite photo qui se remarque à peine dans cette grande salle, montrant des phares de voitures allumés sous un drap blanc dans l’obscurité de la nuit. Sur le même mur est accroché un immense drap blanc rectangulaire qui tombe sur le sol jusqu’au milieu de la pièce. Au premier abord, on croirait voir un monstre ouvrant grand la bouche, mais il s’avère représenter les phares et les vitres de la limousine que nous avions croisée au début ! A côté, de la paraffine est répandue sur le sol, comme si une bougie avait fondu, recouvrant un masque, puis s’était figée à jamais.
L’œuvre qui a le plus attiré mon attention a été faite directement sur le mur de la salle : ce sont des étoiles, des cercles et une autre forme, dessinés au marqueur comme si les artistes avaient utilisé un spirographe géant. Les couleurs sont nombreuses : vert, orange, bleu, rouge, violet, et le tracé fait vibrer le mur : entre lignes et courbes se dessine un mouvement qui rappelle les mires des passeports. Les différentes formes se dirigent vers un point central tout en laissant derrière elles la trace de leur passage. Au centre de l’œuvre se dresse une étrange tête de ciment, jaillissant du mur ; un être mi-homme mi-bête semble vouloir se libérer de l’emprise du plâtre blanc. Cette œuvre me conduit à m’interroger : Les mires d’un passeport rappellent la question d’identité et d’unicité impossible à falsifier… alors si c’est ce que je vois là, quelle est l’identité du personnage central ? Quel est le sens de ce geste qui tend à donner une véracité marquée à un personnage sorti de l’imaginaire ? Par ailleurs, pourquoi les artistes ont-ils laissé les traces de l’imperfection de leur œuvre : traces de ciment, erreurs dans le traçage des lignes… ?

Lors de cette exposition, le spectateur se retrouve dans un monde plutôt sombre, à la fois éphémère et ancré à jamais dans un temps arrêté, partagé entre imaginaire et réalité. Le titre « for whom is it too late today ? » retranscrit parfaitement cette impression du temps qui passe et du questionnement induit par l’ensemble des œuvres présentées.

Nolwenn Cleirec (Audencia)

 
 
Popisme, Episode V
proposée par Franck Lamy au lieu unique de Nantes
Du 18 octobre au 10 janvier
Du mardi au samedi de 13h à 19h / Dimanche : de 15h à 19h / Entrée libre
©D.R.©D.R. En répondant à des questions de Patricia Buck, Frank Lamy affirme : « Popisme est un projet de recherche évolutif explorant les relations diverses de l’art et de la musique ». A peine entré dans la première des sept petites salles, consacrées chacune à une œuvre de l’exposition, le spectateur peut constater que ce sont bien les relations entre l’art et la musique qui sont exploitées ici, mais à travers une notion qui n’est pas évoquée dans cette affirmation : la vidéo.
Devant le premier écran, le spectateur a l’impression de surprendre une chanteuse en pleine répétition dans un théâtre vide, sur une scène dénuée de tout décor. En pénétrant dans la deuxième salle, des chants espagnols a capella encore plein la tête, il est surpris de trouver une tout autre ambiance : il se trouve maintenant dans le jardin d’une maison en Croatie, entouré de jeunes adultes qui mangent et discutent autour d’un verre en chantant des chansons qu’ils connaissent plus ou moins bien. L’humeur est à la fête, à la convivialité. C’est ainsi que, d’œuvre en œuvre, le spectateur est transporté d’un univers à l’autre, plus ou moins gai, plus ou moins réaliste.
D’une rue que parcourent un homme et une femme en chantant, accompagnés d’une bande son, vous arriverez à une salle plutôt petite, au milieu d’une assemblée de notables du monde de l’art qui écoutent une star du porno leur annoncer qu’elle quitte le business. Vous vous trouverez ensuite sur le quai d’un fleuve au milieu de la nuit, à observer deux hommes silencieux dans une voiture, perturbés par un plus jeune qui pousse la chansonnette dans le coffre, ou peut-être aurez vous pris le chemin qui vous aura mené sur un véhicule arpentant les rues de l’Italie, transportant une jolie blonde entourée de quatre hommes en costume dont les expressions sont figées. Vous finirez peut-être sur un ring de boxe en compagnie de Marie Losier et des quelques danseuses en tutu rouge et lutteurs en combinaison noire, partagés entre danses et combats, au rythme de la voix de la femme, si vous n’étiez pas passés par cette scène au début de votre périple !
Le chemin qui mène d’une œuvre à l’autre ne dépend que du choix du spectateur et je pense que l’exposition est vécue à chaque fois différemment, selon l’ordre suivi par ce dernier. J’ai été surprise tout au long de l’exposition : le passage radical d’une ambiance à l’autre peut nécessiter un temps d’adaptation pendant lequel on n’est pas forcément très à l’aise avec l’œuvre que l’on a devant soi. Cependant, cette diversité peut être appréciée car ce sont aussi différents styles de musiques qui sont exploités dans ces vidéos, et il y en a pour tous les goûts ! L’exposition est comme une comédie musicale dont les chapitres ne sont liés par aucun thème.
D’ailleurs, certaines œuvres expriment clairement des thèmes de société qui sont extrêmement habilement mis en scène et remarquablement exploités, comme dans
Nausea 2 de Guy Richards SMIT, œuvre qui m’a particulièrement plu par sa capacité à exprimer des paroles profondes sur une trame typique des comédies musicales.
Cette exposition est à aller voir si l’on veut connaître une réponse possible à la question des frontières entre le plasticien, le musicien et l’acteur !

Nolwenn CLEIREC (Audencia)
 
 
Fascinante Italie
Du 20 novembre 2009 au 1er Mars 2010
Musée des Beaux-arts de Nantes
http://www.nantes.fr/culture/
©D.R. © Vincent Van Gogh, L’Italienne, 1887, Musée d’Orsay L’Italie… Cette terre génératrice d’imagination, de création et d’inspiration.
L’Italie… Cette terre de paysages maritimes et terrestres époustouflants. Enfin l’Italie… Cette terre de bon climat et d’odeurs florales incomparables. C’est ce que nous révèle cette exposition à travers des tableaux, des sculptures ainsi que des études d’artistes de la Renaissance à nos jours.
Aucune œuvre d’artiste n’est laissée au hasard puisque l’exposition est déployée selon différents thèmes qui s’emboîtent et s’enchaînent. Au commencement de tout, le voyage, celui d’Edouard Manet, nous transporte vers une Italie maritime et portuaire. Des peintures de Vassily Kandinsky, Toché, Béthune, Alexandre Cabanel… sont présentées au sein de cette première salle. C’est avec des paysages plus terrestres que se continue le voyage italien. Des villes comme Venise, Capri, Naples sont représentées ainsi que « la baie de Salème, paysage du midi » d’Auguste Renoir. La virée se poursuit en présence de thèmes historiques et religieux. Certains aspects du passé italien sont alors retracés picturalement. Le tableau devient alors une machine à remonter le temps puisque la promenade entre les œuvres, devient une promenade entre les époques. Le chapitre suivant est celui de la littérature. « La madeleine pénitente », tableau de Paul Baudry prend place dans cette partie de l’exposition. Enfin, la dernière salle nous emmène en voyage, celui de Picasso à Rome. On y découvre un ballet réaliste avec la collaboration de l’artiste pour les décors et les costumes ainsi que de celle de Jean Cocteau pour les indications plastiques.

Roxane Berthaud, L1
 
 
Mental Horizon de Christiane Geoffroy
Musée des Beaux-arts de Nantes, salle blanche
Du 23 Octobre au 7 Décembre 2009
Entrée libre
©D.R.©D.R. Exploration introspective

La Salle Blanche du Musée des Beaux-arts de Nantes accueille une série de photographies réalisées par Christiane Geoffroy regroupées sous le nom de « Mental Horizon ». L'ensemble se compose d'une dizaine de productions issues d'un travail qu'elle a mené sur trois semaines accompagnées d'une bande sonore discontinue organique et enveloppante ; « Le Chant des Dunes » travail du physicien et chercheur Stéphane Douady. Lors des quelques paroles que nous avons pu échanger avec elle, l'artiste nous a confié qu'elle est partie du mot horizon, lequel se définit par la limite jusqu'où peut porter notre regard. Reprenant le phénomène d'astro-physique qu'est le trou noir -les limites de sa compréhension et les conséquences qu'elles impliquent- comme motif, elle décide ainsi en élaborant par un seul trait et en suivant une même méthode de créer des sortes de « passages ». Semblables et différents à la fois, pouvant aussi être considérés comme des « portraits de familles ». Passé le stade du rapport très personnel qu'est l'accomplissement de chaque dessin, ces derniers ont ensuite été photographiés avant d'être agrandis. Il fallait bien donner une mesure à ces tentatives de percées d'infini, Christiane Geoffroy a choisi la taille humaine pour les dresser juste un peu au-dessus du regard.

Delphine Simeao
 
 
A dessein
Exposition du collectionneur et amateur d'art moderne et contemporain Alain Le Provost.
Atelier Bastille d’Eric Fonteneau – 44000 Nantes
Du 13 novembre au 13 décembre, les vendredis, samedis et dimanches de 14h à 18h
Entrée libre
©D.R.©D.R. DU DESSEIN AU DESSIN

Vous l’aurez compris, cette exposition traite du dessin. Mais quel dessin ? Le pastel, le crayon à papier, le feutre, la mine de plomb, la gravure, la peinture, la photographie, la lumière, le collage ? Alain Le Provost cherche ici à montrer que la technique du dessin ne se résume pas à un medium mais peut aussi être vu comme un geste ou un trait.
Il se permet donc, non sans nous déconcerter, d’exposer par exemple des « dessins au néon » comme Doo Doo de Christian Viart. Si nous pouvons  nous trouver perplexes en découvrant de telles œuvres, nous en savourons d’autant plus la présence lorsqu’Eric Fonteneau nous explique sa vision du dessin. En effet, ce mot tient ses origines du mot « dessein ». De plus, un dessin prend souvent la forme d’un croquis, d’une esquisse, en d’autres termes, d’un projet. Des œuvres comme la structure Adjunct Eye de Krysten Cunningham ou les photographies Van Dyck Shopping de Yves d’Ans reprennent alors toute leur légitimité au sein de cette petite salle blanche. Dessin comme projet artistique et dessin comme finalité se partagent donc cet espace.
Vous remarquerez la minuscule photo de Jean Suquet, intitulée Paroles en l’air, située juste au-dessous de la fenêtre. Cette superbe contre plongée, encastrée entre deux immeubles et débouchant sur un ciel marqué d’un nuage  Cornuel , vous livrera son trop-plein de quiétude. Dans cet atelier, nous nous sentons bien, nous nous sentons libres. En résumé : Fonteneau et Le Provost vous proposent une exposition riche (dessins meta-matic de Tinguely, magnifique étude de Delacroix,  boîte verte de Marcel Duchamp…) sur le concept fondamental de l’art, qui ne manque pourtant pas de nous surprendre.  

Estelle Bossis (Audencia) et Marine Colliard (Audencia)
 
 
LA SUBVERSION DES IMAGES
Centre Pompidou, Paris 1er
du 23 Septembre 2009 au 11 janvier 2010
©D.R. ©Man Ray : « Lee Miller's Neck ? », Paris 1929 Cette exposition regroupe près de quatre cents œuvres, retraçant ainsi la genèse de la photographie surréaliste. Les plus grands surréalistes y sont représentés : Dali, Eluard, Breton, Bunuel, Artaud, en passant par Man Ray, et bien d’autres.
L’exposition est organisée en neuf salles représentant chacune un point de vue, une théorie surréalistes, permettant ainsi au visiteur de comprendre toute la complexité et l’objet de ce mouvement si particulier et subtil, mais tout aussi populaire. La première salle est centrée sur l’action collective, chère aux surréalistes. L’on pourra se souvenir de la citation de Lautréamont dans les Chants de Maldoror : « La poésie doit être faite par tous. Non par un. » Ainsi, il nous est présenté de nombreuses photos de groupes, réunissant la fine fleur du mouvement surréaliste, et de nombreux collages de photos. La mise en scène elle-même rappelle le groupe, les conservateurs ayant décidé de présenter les photos sous forme de cadres accrochés « en vrac ».
D’autres thèmes surréalistes sont abordés tout au long de l’exposition : le théâtre (avec des photos de mise en scène fameuses, comme celles d’Antonin Artaud, offrant ainsi une réflexion sur la volonté de concilier désir d’une vision spontanée chère aux surréalistes et artifice de la pose) ; le réel, le fortuit, le merveilleux ; le photomontage ; la pulsion scopique ou le gros plan ; le modèle intérieur ; les écritures automatiques ; l’anatomie de l’image ; le surréalisme et la publicité.
Ainsi, cette exposition retrace à merveille la genèse de l’entreprise surréaliste, offrant des œuvres inédites, comme des courts métrages de Bunuel, Man Ray ou encore Dulac, et des œuvres plus connues comme l’explosante fixe de Man Ray (1934) ou encore la nébuleuse  d’Ubac (1939), que l’on continue d’admirer avec plaisir.
Ceux qui ont eu l’occasion de voir l’exposition Dali & film de la Modern Tate durant l’été 2007 pourront crier au déjà vu, mais l’intelligence de la mise en scène de cette exposition et la clarté de l’explication de la démarche surréaliste insufflent un nouvel intérêt à cette exposition, qui selon nous, est toute aussi réussie que la première. A voir donc absolument, pour les amoureux de la photographie et du surréalisme, tout comme pour les débutants en la matière

Site internet : www.centrepompidou.fr

Marine Colliard (Audencia) et Estelle Bossis (Audencia)
 
 
Mental Horizon de Christiane Geoffroy
Musée des Beaux-arts de Nantes, salle blanche
Du 23 Octobre au 7 Décembre 2009
Entrée libre
©D.R.©D.R. Entrons vite dans cette salle, où l’on découvre dix photographies de Christiane Geoffroy accompagnées d’une bande sonore faite à partir des enregistrements de Stéphane Douady. Le lieu est simple et calme, c’est là que le « Chant des dunes » viendra vous chatouiller les oreilles pour mieux vous faire voyager. Alors que certains passent seulement quelques minutes dans la salle, il est bon de s’asseoir, d’écouter et d’observer attentivement. On y verra des vortex spatio-temporels ou de simples spirales blanches sur fond noir, sur fond blanc. Pourtant, la netteté du centre emprisonne notre regard vers ce point de fuite imaginaire. Envoûtant, transportant notre regard, le tourbillon nous englobe par la finesse du trait. Nos pensées sont aspirées, l’ataraxie. Guidés par la musique, nous plongeons dans ces photographies, passant d’un bourdonnement aléatoire aux sons graves rappelant l’océan jusqu’aux « coups » intempestifs, tel un éclair, un orage arrive, turbulent. Ainsi notre corps entier devient récepteur et se laisse attraper par l’œuvre. Elle aspire et nous inspire, nous détend, nous apaise, nous fait voyager intérieurement. Il faut prendre le temps d’aller à cette exposition qui ne tient qu’en une salle, pour mieux vous capturer, et, si vous vous laissez attraper, vous explorerez votre horizon mental, sans regret. C’est personnel, ce sont des chemins intérieurs à chacun ainsi je vous conseille d’y aller seul pour mieux apprécier ces instant. Bon voyage.

Sandra Da Silva
 
 
JR
Autour de l'Ile Saint Louis, Paris

28 Millimètres Project: Women are Heroes
Du 3 octobre au 2 novembre 2009
©D.R.©D.R. JR fait voyager ses photographies, de Kibeira, à Rio de Janeiro, à New Dehli, à Phnom Penh à Paris. Il nous rapporte ces regards de femmes volontaires qu'il a rencontrées et qu'il nous pousse à rencontrer aussi. A qui appartiennent ces regards qui nous fixent des ponts de l'Ile Saint Louis? Qui sont ces femmes ? Qui change l'échelle de la ville, du passant, du regard? Parce que les photographies épousent l'architecture à l'air libre, elles appartiennent aux passants, au temps, aux intempéries, aux lumières changeantes de la ville. Elles changent le ton de la marche et donnent l'impression de croiser des regards sur tous les murs. JR nous rapporte des rencontres pleines de détermination et d'envie, envie de voir ce qui se passe de l'autre côté des murs, de l'autre côté de la planète. Ces photographies ont habillé des toits de favelas et des murs en terrain de conflits, de guerre, de violence, de pauvreté, et elles s'affichent aujourd'hui dans la capitale française, avec toute leur bienveillance et leur curiosité. Il reste quelque chose d'ironique sans doute, mais le temps fait déjà son œuvre et les regards tombent en lambeaux. Cependant la rencontre reste, comme imprégnée dans l'architecture.

Jaafar Sana
 
 
NOCTURNE RENCONTRE : MUSEE DES BEAUX-ARTS
RENCONTRE #1 : ART NUMERIQUE ET PROBLEMATIQUES SOCIETALES, 12 NOV 2009
©D.R.Premier test à Saint-Ouen, le 27 mars 2009 à 20h50, photo par HeHe La conférence présentée au Musée des Beaux-arts par Judith Lavagna (commissaire à Ars Longa, une structure qui se concentre sur le croisement entre l’Art, la recherche et la société) sur l’art associé à la nouvelle technologie et les problématiques sociétales actuelles, nous a permis de découvrir Helen Evans, artiste qui fait partie du collectif HeHe (Helen Evans et Heiko Hansen). L’œuvre principale de ce collectif est Nuage Vert, Fumée sans feu, feu sans fumée. Il s’agit d’un projet où l’on aborde la question de l’environnement, en pointant un laser vert sur la fumée d’usine polluante.

Aujourd’hui où l’on profite de la technologie de pointe, cela fait déjà longtemps que l’art numérique existe pour les publics, artistes et critiques d’art et le temps de revenir sur ses pas est passé. A l’occasion de cette conférence, nous avons pu, au-delà d’une simple appréciation d’œuvres finies, comprendre les étapes préparatoires à la rencontre d’une œuvre de ce type pour le public, l’interaction entre le public et l’œuvre, aussi bien que les points à améliorer et les directions générales.
Depuis récemment tous les domaines d’étude s’associent, un peu comme une mode en quelque sorte, comme la fusion de la biologie moléculaire et de la sociologie, ou celle de la mécanique quantique et de la philosophie, et progressivement cela se manifeste dans l’art contemporain aussi.
Tout comme le fait qu’on ne peut pas s’opposer à Internet qui est l’élément représentatif de l’interaction, l’art se dirige vers le moyen de communication plus direct et rapide suivant le changement d’aspects de la société. Ainsi les œuvres qui auparavant s’exposaient dans des galeries s’étendent dans les espaces publics. L’union entre l’art et la technologie élargit davantage de publics concernés, au-delà du peu qui gardait une sensibilité raffinée sur l’art avec relativement beaucoup de connaissances et d’éducation et qui avait le moyen de payer pour profiter de celui-ci. Bien sûr, cet élargissement de champ a commencé bien avant, mais il devient plus efficace lorsque l’art se montre renouvelé par la technologie, devant un public qui aujourd’hui est très dépendant de cette dernière.
Pour le nuage vert présenté à cette conférence, les spectateurs sont ceux qui consomment l’énergie et qui sont responsables de ceci dans une civilisation urbaine générale. Il s’agit d’une œuvre qui n’est pas installée de manière fixe, mais qui change de forme en fonction de l’énergie consommée et qui donc est immédiate et instantanée. Peut-être que c’est un peu contradictoire car l’œuvre elle-même consomme de l’énergie mais elle donne une esthétique visuelle et nous donne à partager l’esprit de notre époque.
Cet aspect pourrait diminuer l’inquiétude des gens qui pensent que le caractère humain du côté analogique de la peinture traditionnelle pourrait disparaître : car personnellement, même si la nouvelle technologie se mêle à l’art, les émotions humaines vont se conserver. Car l’expression même d’avoir le caractère humain change selon l’époque.

Mun-Kyo KIM et Soo-Min IM

Pour en savoir plus :
www.nuagevert.org
www.arslonga.fr
 
 
Popisme, Episode V
proposée par Franck Lamy au lieu unique de Nantes
Du 18 octobre au 10 janvier
Du mardi au samedi de 13h à 19h / Dimanche : de 15h à 19h / Entrée libre
©D.R.©D.R. Popisme, est la cinquième exposition proposée par Franck Lamy et qui réunit sept artistes autour du thème "les plasticiens et leur rapport au son". Le lieu unique vous ouvre les portes d'un espace composé de plusieurs grand cubes dans lesquels vous pouvez rentrer ou sortir comme bon vous semble.

Je pénètre alors dans le second cube où je me retrouve plongée dans une pièce très sombre, où seule la vidéo éclaire les quelques visages de la salle. La performance qui y est proposée est celle de Vincent Madame et Fanny Adler, leur performance intitulée Juste avant les forêts est basée sur un travail vocal et musical et élaborée à partir du texte de Bernard-Marie Koltés La nuit juste avant les forêts. Ce livre est un court récit, construit d'une seule phrase de cinquante-six pages, c'est d'ailleurs cette particularité qui a inspiré Vincent Madame et Fanny Adler, puisqu'ils ne nous proposent pas une lecture linéaire de ce texte. Au contraire, ils sélectionnent des morceaux, traitent la question du souffle et du rythme pour cet écrit dont le point de ponctuation est inexistant. Vient s'ajouter à leurs voix chantées a capella, une musique d'artifice créée pour l'occasion, dans un genre plutôt rock où les guitares électriques et la batterie se mêlent.

J'ai trouvé cette exposition intéressante et très bien agencée, car n'y a t-il rien de plus difficile que de mettre en valeur des performances vidéos? Le fait que chaque performance se trouve isolée les unes des autres et plongée dans le noir comme au cinéma, permet de vraiment si intéresser, sans être distrait. De plus cela se passe dans une ambiance intimiste où l'on vous suggère de vous installer confortablement, puisque des coussins jonchent le sol. J'ai été plus intéressée par le travail de Vincent Madame et Fanny Adler, car j'ai tout de suite été emportée par le rythme musical, le texte revendicateur et leurs manières très variées de chanter.

Clara Mari

Les autres œuvres vidéos : JOHANNA BILLING, Another album ; JESPER JUST, This love is silent ; VIRGINIE LE TOUZE, Hyper chanson d’A ; MARIE LOSIER, Papal broken dance ; VINCENT MADAME ET FANNY ADLER, Juste avant les forêts ; CÉCILE PARIS, les Italiens, un début ; GUY RICHARDS SMIT, Nausea 2
 
 
Elles@CentrePompidou
27 mai 2009 - 24 mai 2010
Centre Pompidou, Paris
elles.centrepompidou.fr
©D.R. Niki de Saint Phalle, Crucifixion, ©photo J. Artigue Questions de femmes / les femmes en question.

Trop d'informations. Le Centre Pompidou a choisi de faire les choses en grand pour son accrochage 100% féminin, et n'a pas fait les choses à moitié si on considère le nombre d'œuvres réunies (plus de 500) et le débat que l’exposition a suscité, traduisons cette polémique par le flux de questions qui passent par nos esprits. Cette exposition n’est elle pas un moyen de séparer volontairement les artistes, hommes et femmes ? N’est ce pas une façon de marginaliser les femmes artistes ? Cette façon de marginaliser les femmes en les séparant des hommes, et donc de la plus grande partie de l'art, leur est-elle bénéfique? Les hommes détiennent-ils le monopole des expositions contemporaines ? N’est ce pas une avancée dans le combat de la parité homme-femme qu’une exposition soit réservée aux femmes ? Les femmes sont-elles assez reconnues et représentées dans le milieu artistique ? Le nombre d’artistes contemporaines n’a-t-il pas augmenté au fil des années, comme le montre l’exposition ? Les femmes ont-elles besoin d’une exposition comme celle-ci pour montrer leur travail, pour exister en tant qu’artistes, pour que leurs œuvres soient reconnues ? Existe-t-il un art des femmes ? Est-ce que le simple fait d’être une femme artiste les place dans un même courant artistique ? Les artistes femmes doivent-elles exister en tant que femmes ou en tant qu’artistes ? Sont-elles femmes et artistes ou artistes et femmes ? Dans cette exposition les artistes sont elles exposées pour leur travail ou simplement parce qu’elles sont des femmes ? Ces cinq cents œuvres présentées ne seraient elles pas un moyen de s'excuser auprès des femmes délaissées jusqu'à maintenant ? Bien essayé ?

Julia Piccolo et Marion Rousseau
 
 
Exposition Valérie DONSBECKE «Architecture de verre»
Galerie Confluence, 14 quai de Versailles, Nantes
du jeudi 29 Octobre au samedi 28 Novembre 2009 - gratuit
©D.R.©D.R. La Galerie Confluence accueille jusqu'au 28 novembre une série d'œuvres
récentes de la photographe contemporaine Valérie Donsbecke.
«Architecture de verre» présente principalement un ensemble de vues de
la base sous-marine de Saint-Nazaire, mises en images puis insérées
transversalement dans des cubes de verre. L'ensemble de ces cubes est à son
tour photographié sur fond gris-clair neutre puis tiré sur de grands
formats.
 
Ici tout est une question de perception des formes : le volume du cube,
l'opacité et la transparence du verre trompent le regard du spectateur en
déformant la photo, qui intègre l'espace en se fondant à l'intérieur.
Libérée de son format par le volume cubique de son espace réflecteur
intégral, l'image trouble la vision du spectateur perdu entre vide et
plein, translucide et opaque. L'artiste entreprend donc un travail de
reconstruction du réel, modifiant les perspectives et perceptions de
l'œil face au réel mis à plat et photographié.
 
Dans une esthétique sobre et propre, Valérie Donsbecke nous invite dans un
voyage de la perception visuelle, au travers de constructions cubiques et
photographiques remarquables. On notera son dernier travail en date
présent dans la salle, se démarquant des autres : un assemblage de cubes
dont chacune des faces intérieures est recouverte d'une image représentant
une façade en construction, rouge de ses briques à peine cimentées. Il
s'agit sans doute là de l'aboutissement de cette recherche de l'espace
construit, en continuité à ses premiers travaux également présents.
 
Cette exposition fort appréciable et agréable à l'œil dans le cadre serein
et lumineux de la galerie Confluence, ravira tout amateur d'expériences
visuelles poétiques, qui n'hésitera pas à se lancer dans ce voyage
d'horizons nouveaux aux airs rêveurs d'une photographe contemporaine
prometteuse.
 
 
PLACE Baptiste, VAN PUYVELDE Billy
 
 
Art happens, CHEREL
Galerie Felli, 127 rue vielle du temple 75003 PARIS
www.galeriefelli.com
du 1er au 29 octobre 2009

©D.R.
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encre et brou de noix, 2009, 90x180cm  CHEREL
On est un passager absorbé par les paysages qui défilent, beaux et inaccessibles alors qu'on les traverse. Il a plu, et il pleut sûrement encore au loin. Les tableaux de Cherel invoquent la terre, l'air, et l'eau. Ses constructions, sa végétation, ses motifs sont toujours trop simples, ils sont flottants ou vagues, et pourtant ils nous impressionnent, solides et massifs. L'océan. Ils revêtent une dimension mystique, presque fictive, et mélancolique. 
Ses peintures font penser à de vieilles photographies abîmées, vestiges d'une vie qui n'est plus. On a donc du mal à deviner les matériaux, supports utilisés.
Il s'agit en fait d'encre et brou de noix sur papier marouflé sur toile. Le support est intéressant, Cherel travaille son tableau attentif à la texture du papier, à son grain, l'usant parfois jusqu'à jouer avec ses altérations. Les compositions souvent d'une grande horizontalité, atteignent parfois les limites de l'abstraction, on songe aux tableaux de Rothko.

Eri Tomonaga et Christophe Trevino

 
 
Né dans la rue – Graffiti
Fondation Cartier (Paris, Bd Raspail) du 7 juillet au 29 novembre
Tarif plein : 6,50€ Tarif réduit : 4,50€
Avec les artistes Coco 144, PHASE 2, Mare 139, Seen, Lady Pink, Ket One, Jayone.

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Figure 1 Seen « Hand of doom » (1980), New York, Photo by Henry Chalfant.

Cette exposition retrace l’évolution du Graffiti à partir des années 70 jusqu’à aujourd’hui, de New York à Sao Paulo en passant par les métros parisiens. Elle nous plonge dans un univers banlieusard, en plein cœur de Paris.
Certaines œuvres comme les « black books »de PartOne (1980-90) ou “This tree has been planted a long time ago » de JonOne (2003) nous font redécouvrir le graffiti sous un angle  esthétique et artistique, au-delà  de la simple dégradation murale. Les couleurs vives projetées sur la toile ou le béton témoignent d’une jeunesse d’une vitalité débordante et du besoin de s’affirmer de ces parias.
Certaines formes de graffitis manquent cependant, comme la « méthode du pochoir » ou les graffitis de contestation, alors que d’autres ne semblent pas avoir leur place, comme cette composition de bois que l’on peut voir vers la fin de l’exposition. Les reproductions de certaines œuvres créées spécialement pour l’exposition manquent d’authenticité comme celle de PHASE 2 (2009). Par ailleurs, un fond musical de style urbain par exemple aurait été le bienvenu pour une immersion totale dans cette atmosphère de ghetto.

Clémence Parodi et Aurélie Truchard
 
 
L'Ombre, Le Reflet, L'Echo
La Criée, Place Honoré Commeurec, RENNES
Du 23 Octobre - 22 Novembre 2009
Entrée libre

©D.R.
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Artistes présentés : Isabelle Arthuis, Khaled Belaïd,Madeleine Bernardin-Zeyen, Erick DeRoost, Nikolas Fouré, Klaus Fruchtnis, Jérôme Gras, Denis Hérault, Marin Kasimir, Angélique Lecaille, Marc Loyon, Claire Lebreton, Benoît-Marie Moriceau, Alain Roux, Yvan Salomone, Jean-Michel Sanejouand, Mathilde Seguin, Yann Serandour, Hervé Télémaque, Flavien Théry, Sébastien Vonier.
Le samedi 24 octobre, j'entre dans la galerie attirée par la foule qui s'entasse dans le petit espace. « L'Ombre, Le Reflet, L'Echo » rassemble une multitude d'artistes autour d'une thématique urbaine et sensorielle. Tous, ou presque, ont un rapport avec la ville de Rennes : Benoît-Marie Moriceau a participé au projet 40m³ (La maison noire dans la ville); Marin Kasimir, H.Télémaque ou Jean-Michel Sanejouand sont aussi des metteurs en scène de la ville. J’écoute Odile Lemée (conseillère aux arts plastiques de la ville de Rennes) raconter les histoires d'artistes, d'urbanisme et de mobilité dans l'espace et dans le temps.
Je m'arrête devant les photos de Jérôme Gras qui prend la fuite devant l'objectif tout en restant le point central de la composition : le photographe photographié? Dans la grande salle j'aime aussi la photographie de Benoît-Marie Moriceau plutôt inquiétante avec cette grande maison toute noire prise en plongée à la Hitchcock, mais pourtant si tranquille au milieu du paysage rennais. A côté, je vois le néon « Breath » de Flavien Théry on dirait un être qui respire avec une âme lumineuse. Je m'enfonce dans la petite salle de droite : « Quand j'emprunte le bus-Absence du bus II », Claire Lebreton découpe ledit bus sur ses photographies de la place de la République à Rennes. Mais évidemment on ne voit que le trou blanc laissé par l'absent à 6 roues, je me demande d'ailleurs ce qu'elle fait du cadavre du bus découpé (elle le jette? elle le colle ailleurs?). Dans la dernière petite salle du fond je trouve, entre autres, les travaux de Mathilde Seguin dans « Questions de point de vue » elle nous invite à glisser le regard entre des gravures qui se superposent à des photos de quartiers rennais; elle me force à prendre place dans le paysage pour résister à la froideur de la plaque métallique.
Enfin, je me demande s'il faut être rennais pour aimer cette exposition mais je crois qu'il faut juste prendre le temps de sentir et ressentir les différentes œuvres. L’exposition rassemble des artistes qui n'ont pas travaillé ensemble pour un même projet, même s’il s'agit d'œuvres du Fonds Communal d’Art Contemporain de la ville de Rennes souvent condamnées à rester inconnues du public (sauf des employés de bureau de la mairie) mais il existe un vrai dynamisme de l'art contemporain rennais et j'en suis presque fière. Un peu de chauvinisme ne nuit pas.

Marie Ormevil (Audencia)
 
 
Georges ROUSSE
Galerie Confluence de Nantes
26 août 2009 - 24 octobre 2009
Entrée libre

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Son matériau premier est l'espace ou plus précisément des lieux désaffectés, inhabités, voués à la destruction. Dans un souci de réhabiliter les espaces, l'artiste y reconstruit une ambiance propre à son ressenti, à l'impression qu'il a pu avoir lors de son premier passage dans ce lieu. A partir de là, il utilise la peinture pour créer de nouveaux espaces qui annulent les réelles perspectives et conclut son travail en prenant une photographie qui permet de donner une nouvelle vie à ce lieu. Son travail amène ces espaces dont la disparition est proche à y voir une certaine intemporalité. On peut aussi trouver dans ces photographies tout un imaginaire, ou un monde mystique lorsqu'il inscrit des mots dans ces œuvres, comme "Gaia" ou encore "Eos".

L'exposition de Georges ROUSSE est très agréable, dans le cadre intimiste de la galerie Confluence. Cependant, lorsque l'on voit pour la première fois ces photographies, on est amené à se demander s’il a réalisé ses trompe- l'œil à l'aide de logiciel informatique. Et pour nous, cela dénature son travail, puisqu'en réalité il utilise une chambre noire et peut aussi lui même tracer des milliards de traits à la craie pour donner une certaine matière aux bâtiments. Toute l'installation qui est mise en place avant de prendre la photographie est très longue et très fastidieuse. L'artiste demande même régulièrement de l'aide à des étudiants des beaux arts, tellement son projet est impossible à réaliser dans un laps de temps généralement limité à trois semaines. Il est donc dommage qu'à notre époque, on puisse se demander si son travail s'est produit devant un écran informatique alors que tout son corps a fourni une grande énergie pour réaliser ces œuvres.

MARI Clara et KNEZ Jérémy

 
 
Exposition Popisme, Episode V
Proposée par Frank Lamy au lieu unique à Nantes,
Du 18 octobre 2009 au 10 janvier 2010.

©D.R.
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Popisme, Episode V, est le 5ème volet d’une série de recherches évolutives
explorant les relations diverses entre art et musique. Cette nouvelle
édition interroge de plus près le registre cinématographique en présentant
sept exemples de films musicaux réalisés par sept artistes différents.
Chacun d’entre eux construit une relation particulière entre son et image,
entre chanteur et spectateur. Quand certains articulent une réflexion sur
la mise en scène, le corps, la fiction, d’autres questionnent la chanson
comme artifice ou instrument social.
L’exposition présente ainsi la diversité des enjeux de chaque projet. On
peut alors s’interroger sur ce que pourrait être un film musical envisagé
par un artiste plasticien.
Les propositions sont d’ailleurs étonnantes car nous nous retrouvons
devant des films à la fois proches du clip, de la performance, ou encore
de la comédie musicale.
Frank Lamy choisit de nous présenter ces sept films selon le même procédé,
c’est-à-dire dans des espaces clos, des compartiments séparés, plongés
dans le noir, très neutres, tous identiques, et finalement relativement
intimes. Lorsque l’on pénètre dans ces pièces, nos yeux doivent tout
d’abord s’adapter à cette obscurité. On avance à tâtons dans cet espace et
on ne perçoit dans un premier temps que l’œuvre projetée sur l’un des
quatre murs, nous plaçant ainsi dans une position de tête à tête avec le
travail de l’artiste, nous absorbant entièrement dans la vidéo et nous
installant dans une situation d’ écoute et d’attention optimale.
C’est en dépersonnalisant les conditions de présentation de ces vidéos et
en nous invitant à nous déplacer dans ces territoires balisés que Frank
Lamy met en relief leurs différences, et c’est justement à travers cette
diversité que continue la réflexion permanente sur les relations entre art
plastiques et arts sonores.
 
Hélène Poutrel et Manon Reffet

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EROSIONS
Exposition de GUILLAUME KRICK
et BENJAMIN THOMAS

à la GALERIE RDV, 16 rue du Commandant Charcot, Nantes.
Du 03 octobre au 07 novembre,
ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h.
Entrée libre.
T :+33(0)40.69.62.35 / galerierdv.com

©D.R.
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‘Erosions’ est un projet d’installation comprenant treize caissons lumineux en béton, deux œuvres sonores et trois sculptures en béton et fil barbelé. Il s’agit d’un questionnement sur le milieu péri-urbain qui se développe de plus en plus dans le monde entier.
D’un premier point de vue, l’ensemble de l’installation crée une atmosphère artificielle et plutôt angoissante, voire même dérangeante du monde urbain, accentuée par l’utilisation des matériaux froids et les oeuvres polyphoniques qui comprennent des bruits de chantier, du vent,...etc.
La déambulation dans la salle permet à chacun de s’approprier cet espace à sa manière, et ainsi de voir et de ressentir différents détails, malgré ce questionnement général sur les milieux urbains.
D’un autre point de vue, au niveau de la photographie, des motifs répétitifs de ce qui paraît représenter un champ ou une surface de la Terre à l’état primitif sont combinés au niveau du sol dans chaque paysage suburbain. Mais dans un premier temps ce montage artificiel nous paraît plus familier que brutal, peut-être à cause du fait qu’on soit trop habitué à des représentations ultra réalistes des hommes ou des phénomènes physiques par les jeux vidéo ou des films en haute définition. En tout cas, ces photos semblent avant tout toucher la sensibilité émotionnelle des spectateurs (qui ne peuvent plus se passer du moyen numérique) bien qu’on sache dès le début qu’il s’agit d’un photomontage. Cela peut s’expliquer par le fait qu’on essaie toujours de s’habituer à l’environnement qui nous influence. Enfin, cette exposition nous a fait fortement adhérer à l’idée qu’une simple duplication peut rendre suffisant la valeur d’existence des objets.

Mun-Kyo KIM et Soo-Min IM

Pour en savoir un peu plus :
http://www.qpn.asso.fr/docs/QPN2009LightV6.pdf (page 28)
http://www.galerierdv.com
 
 
Elles@centrepompidou
centre Georges Pompidou - Paris
Du 27 mai au 10 janvier 2010.

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Cette exposition aborde la question des femmes dans l’art au vingtième siècle. Ces dernières se détachent de l’image de la femme ménagère, ou encore celle de la femme- objet, qu’on leur attribuait; Elles sont désormais des actrices à part entière de la scène de l’art contemporain et de la nouvelle société qui contribue à leur épanouissement.
Cette exposition très riche et diversifiée est divisée en sept chapitres, dont le plus marquant a été pour nous celui intitulé «Corps slogan»: ce chapitre regroupe plusieurs artistes qui s’expriment à travers le dessin ou la performance. Nous avons plus particulièrement été sensibles aux performances d’Orlan, « Le baiser de l’artiste. Le distributeur automatique ou presque ! » et « Action ORLAN-CORPS » où elle met en avant la force politique de son corps de femme, et remet en question les tabous et les stéréotypes liés à la représentation du corps de la femme. Nous avons trouvé cela très enrichissant de voir l’artiste soustraire son corps aux représentations aliénantes, et prédéterminées, qui pèsent sur la femme; et d’incarner ainsi une figure de la sainte et de la prostituée.
D’autre part, la performance d’Ana Mendieta, « Chiken piece shot #2 » nous donne à voir l’artiste qui essaye de stabiliser son corps avec celui d’un coq et celle de Carolee Schneemann « Meat joy » évoque les relations entre les corps humains. La femme reprend son corps, l’affirme et s’en sert pour faire art et ainsi pour faire œuvre.
Ce chapitre nous propose également des dessins de Marlène Dumas, qui représentent des corps de femmes non idéalisés et dépourvus de tout stéréotype. Elle donne à voir le corps tel qu’il est.
Cette exposition au Centre Pompidou est très riche et très dense, c’est pour cela que nous recommandons d’y retourner plusieurs fois pour profiter des diverses œuvres de ces deux cents artistes.

Alice Blot et Marion Delgoulet

 
 

" Le jardin étoilé " par Kynia Murayama
 à Paimboeuf - Gratuit
Œuvre pérenne

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© Dessin de Julien Grataloup
Le jardin étoilé a été construit dans le cadre d’estuaire, cette biennale d’art contemporain qui s’étend de Nantes à Saint Nazaire en passant par Rezé, Cordemais, Paimboeuf….
Au départ, ce n’était qu’un site empli de terre sur laquelle étaient dressées d’immenses structures faites de bois, de roseaux, d’ardoises et de filets de pêches. Aujourd’hui, c’est un jardin fleuri, œuvre du land art, aux couleurs et aux odeurs du Japon, qui ne cesse d’évoluer et d’être modifié depuis 2007.
Il propose notamment au sein de sa création in situ, des points de vue écologiques en installant dans son parc des toilettes sèches ainsi qu’un potager dit solidaire.
Ce site, réalisé selon la constellation de la grande ourse, est un lieu de promenade, de repos et de loisirs. Les formes peu communes des architectures font de cet endroit un parc attractif pour les enfants.
Des sentiers sablonneux et caillouteux permettent aux visiteurs de suivre un parcours entre les structures et d’observer la flore japonaise.
Des bancs pour les âmes fatiguées permettent de profiter de ce lieu tranquillement et sans encombres.
La poésie règne sur ce site offrant quelques inspirations aux plus jeunes ainsi qu’aux plus âgés puisque ce site est un lieu d’exposition pour les enfants. De plus, les étudiants des trois écoles d’architecture que sont Nantes, Versailles et Tokyo ont pu participer à la construction du jardin.
La présence du fleuve aux alentours apporte un air marin au jardin : le vent, l’odeur et le bruit de l’eau… Tout y est pour se sentir en vacances. Il ne faut pas oublier le panorama qui se dresse en amont des architectures, permettant de surplomber la Loire.

Berthaud Roxane 

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« La maison que j’habite … » Brassaï
Chapelle de l’Oratoire de Nantes
25 septembre 2009 – 4 janvier 2010
Entrée libre

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C'était l'une des premières expositions que cet enfant allait voir, peut-être l'y avait-on d'ailleurs traîné de force ? Lorsqu'il est entré dans ce lieu on eut l'impression qu'il se sentait totalement englouti par l'espace. Cela provenait du calme qui devenait presque pesant et bien évidemment de sa petite taille dû à son âge. Au fur et à mesure, il déambulait avec ses lacets défaits entre ces immenses allées où étaient accrochées des photographies. L'enfant semblait trouver cela bizarre que certaines ressemblent à des dessins qu'il faisait. On lui a alors expliqué que c'était des dessins de personnes sur des murs et que cela s'appelait des graffitis. Il a également reconnu des lieux comme la fête foraine où il a dû s'y rendre en famille pour manger des pommes d'amour. Mais ce qui l'a le plus amusé c'était la petite histoire qui s'appelait La tourterelle et la poupée. Peut-être se demandait-il comment une poupée pouvait être amoureuse d'une tourterelle ?
Ce qui semblait avoir retenu toute son attention était les fragments des corps de femmes, une grande découverte pour lui. C'est ainsi que l'enfant se trouva confronté pour la première fois à la nudité féminine et qu'il commença à s'imaginer comment était sa mère sous ses vêtements. Plus l'enfant se promenait à travers les photographies, plus il semblait se familiariser avec les lieux et les œuvres.
A la fin de la visite, on eut le sentiment que l'art avait rempli son rôle : l'exposition avait provoqué des émotions en chacun des membres de la famille.
Les parents se sont remémoré le temps de leurs premiers rendez-vous, la jeune fille rêvassait aux nus qu'elle avait longtemps contemplés en se demandant si un jour elle ressemblerait enfin à cette femme et l'enfant dit :      " Quand est-ce qu'on revient ? "

Margot NICOLA et Baptiste PLACE

L’exposition photographique de Gyula Halász, dit Brassaï, nous emporte et nous transporte dans la vision personnelle de l’artiste. La disposition des photographies est aléatoire, des murs sont installés pour diviser l’espace. Ainsi nous entrons dans la maison et la visitons. Chaque mur possède sa propre série photographique. Brassaï nous montre les différents motifs qui décorent son monde, entre les farandoles de pavés d’une rue, l‘agrandissement de pistils et de pétales de fleurs et même par les graffitis créés sur de multiples supports. Ces séries témoignent de la poésie extérieure qui nous environne et qui s’oublie par l’urbanisation quotidienne.
D’autres murs nous font remarquer la poésie du vivant, avec les courbes gracieuses de corps nus, la préciosité des postures, le velouté de la peau, ce sont des photographies exposant la douceur du charnel. Autre poésie du vivant, celle de la tourterelle et de la poupée. Un être de légèreté, de douceur volubile ce volatile, de plumes blanches, idéalisé de pureté, confronté à la poupée, toujours propriété de quelqu’un. Une poupée démantibulée, comme blessée par un maître ayant un besoin d’emprise totale sur l’objet de sa convoitise. C’est un beau contraste entre la symbolique de la liberté et une forte possession. La possession, ici destructrice, se retrouve dans les photographies des ateliers d’artistes, tel que celui de Picasso, ou les objets souillés de peinture rendent compte de l’utilisation fréquente de ceux-ci, dans un but constructif.
Il s’agit donc d’une visite dans l’univers sensible et évolutif de Brassaï, qui nous ouvre la porte de chez lui, bonne visite.

Da Silva Sandra

Le photographe des détails

Il pleut. La porte de la chapelle de l’Oratoire, lieu calme et solennel,  s’ouvre sur un mur. Puis des murs où se côtoient les photographies classées par thème et époque. Le fil est tendu et amarré à chacune d’entre elles. L’espace nous laisse de la hauteur face au travail du photographe, qui au contraire nous embarque dans des univers intimistes.
Les pavés de la ville tournoient et l’ambiance foraine évoque la foule sans que Brassaï ne la montre. Ensuite, la série de « La tourterelle et la poupée », créée pour illustrer la nouvelle éponyme pour la revue le Minotaure, est un corps à corps violent entre un oiseau et un morceau de plastique démantibulé. Des corps burlesques contorsionnés surgissent de Pompéi en ruine. Avec Camille Bryen, peintre de l'abstraction lyrique, il souhaite « ouvrir la voie à une acceptation de la poésie nue et première, faite non seulement par tous, mais aussi par TOUT ». Il focalise ainsi notre attention sur des détails quotidiens.
Les murs nous parlent, nous les faisons parler et Brassaï a su les écouter. Des graffitis qu’il répertorie en catégories telles que « Langage du mur », « Naissance du visage », « Images primitives »… sont réunis hasardeusement sur un pan de mur. Soit l’accrochage ainsi présenté fait écho à la rue dans l’esprit du visiteur, soit cette scénographie oblitère le travail de l’artiste.
Un espace neutre et apaisant qui mérite d’être traversé.

Anouk Albert
Zoé Alpaerts
Cécile Hadj-Hassan
Partez à la découverte d’un artiste qui se joue des formes en les poussant dans leurs retranchements les plus intimes. Brassaï, rendu célèbre pour ses vues du Paris nocturne, s’intéresse avant toute chose à ce qui se cache derrière l’apparent. Ainsi, au fil d’une narration sensuelle, il crée des rencontres insolites. Matière et lumière, véritables maîtresses de la Photographie, participent à la construction de son travail et donne à ses clichés une valeur graphique autonome.

D’un détail, Brassaï fait un tout, d’une anecdote un événement. Son univers onirique séduit et entraîne le spectateur dans une farandole amoureuse au même titre que son œuvre « la tourterelle et la poupée ».

La Chapelle de l’Oratoire, sublime édifice baroque alliant espace et clarté, donne à cette sobre installation toute sa dimension.

Passage obligé et confrontation essentielle à l’œuvre de Brassaï : le mur de graffitis. Le spectateur fait front à ces clichés de la même façon que le photographe l’a fait lors de la prise de vue en s’effaçant volontairement derrière une frontalité objective. Brassaï arrache ici ces œuvres orphelines à l’anonymat d’un coin de rue, d’un coin de mur.
De cet art brut se dégagent une force graphique étonnante et une expressivité qu’aucun mot ne saurait concurrencer.

Enfin, n’oubliez pas, en allant découvrir ce maître incontestable de la sublimation du détail, laissez-vous habiter !

Libault de La chevasnerie Béryl

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